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Présidence HOLLANDE : Pourquoi il faut commémorer le centenaire de 1914 - 1918?...
Posté par Christophe Chart le 14/7/2012 19:30:00 (218 lectures) Articles du même auteur

A Reims, le président Hollande a évoqué le martyre de la ville pendant la Première Guerre mondiale, et la chancelière Merkel le pacifisme, à travers Aristide Briand et Wilhelm Foerster. 2014 sera le nouveau grand rendez-vous des Français et des Allemands, des Français avec le monde entier, et des Français avec eux-mêmes.




http://www.latribune.fr/depeches/reuters/le-tourisme-de-memoire-prepare-le-centenaire-de-1914-1918.html


Pourquoi commémorer 1914 ? Pour la paix, l’amitié, mais beaucoup plus encore. D’abord pour comprendre notre société. En 1914, s’achève la première grande mondialisation commencée cent ans plus tôt. Jamais les échanges commerciaux et culturels n’ont été aussi denses. Paris accueille tous les artistes du monde et les artistes français voyagent partout en Europe, ces mêmes artistes qui, sans l’ombre d’un doute, s’engageront dans la guerre. Ravel fera des pieds et des mains pour être déclaré apte ; il finira par conduire un camion sur la Voie sacrée. Apollinaire, polonais, se bat pour s’engager. Au lendemain de l’assassinat de Jaurès, Guesde tombe dans les bras de Barrès, venu le premier saluer la dépouille de son vieil ennemi.

Pourquoi aucun intellectuel, aucun artiste ne se dérobera-t-il à la guerre ? Sont-ils partis avec les Français la fleur au fusil ? Non. Sauf quelques excités parisiens menés par les ligues, le départ est calme et grave. Etaient-ils revanchards ? Non pour la plupart, et plutôt pacifistes. Se préoccupaient-ils de l’Alsace-Lorraine ? Pas vraiment. Quelle était donc cette société qui, envahissant les gares le 2 août, s’apprête à disparaître, et quelle image donne-t-elle de la nôtre ?

Qui sommes-nous aujourd’hui qui portons plainte contre l’armée pour la mort d’un soldat ? L’armée française fut-elle plus brutale avec ses soldats que l’armée allemande ? Peut-être. Les troupes coloniales furent-elles plus sacrifiées ? Non, je ne crois pas. Ici les chercheurs, les universitaires, mais aussi les écrivains, les cinéastes vont s’en donner à cœur joie et travailler.

Comprendre et retrouver. Les Français sont fous de généalogie. Tous nous avons un grand-père, arrière-grand-père, grand-oncle, grand cousin combattant ou mort. Tous les jeunes Français issus de l’immigration ont un ancêtre ou cousin d’ancêtre combattant des troupes coloniales mort pour la France ou maltraité par elle lorsqu’il revint sans pension. Dire «nos ancêtres les Gaulois» n’a aucun sens, mais dire «nos ancêtres de 1914», pour moi qui suis d’origine sénégalaise, malienne, marocaine ou vietnamienne possède une signification. En 2014, les Français auront à cœur de retrouver les hommes, les femmes, les lieux des combats, les nécropoles où les croix sont parfois surmontées du croissant musulman ou de l’étoile de David. Tous, Bretons et Occitans qui ne parlions pas français, Corses, faubouriens de Paris, Algériens, Malgaches, nous venons des Eparges, de Verdun, du chemin des Dames.

C’est pourquoi la commémoration de 1914 doit avoir une fonction généalogique et pédagogique. Il faut faire revivre aux enfants de l’école primaire la classe telle que la faisaient les instituteurs de 1914 ; il faut leur faire construire des «monuments de la paix» à côté des monuments aux morts, ou leur faire écrire des lettres à un ami allemand, créer des pièces de théâtre, ou trouver mille façons de les passionner - ils le seront. La Culture et l’Education nationale seront en première ligne. Il faut leur parler de l’arrière, des planqués, des marchands d’armes, du travail extraordinaire des femmes - les grandes oubliées de 14 - 18 -, leur montrer les gueules cassées aussi. Il faut leur faire lire Genevoix, Barbusse, Pergaud, Dorgelès, Cendrars… et Remarque, et tant d’autres ! Ces citoyens de 1914 qui pensaient justifier leur souffrance et leur malheur par ce beau concept, «la der des ders», par l’héritage de paix qu’ils laisseraient, ces femmes qui guettaient le garde champêtre ou monsieur le maire porteurs de mauvaises nouvelles, c’est eux. Eux qui, aujourd’hui, ne peuvent imaginer un conflit européen.

Les autres raisons sont politiques, et ne devraient échapper à personne. En 2014, la France sera la scène du monde. Tous les citoyens des pays belligérants vont se souvenir, visiter les lieux des combats, les cimetières. Les Canadiens vont aller à Vimy, les Américains à Saint-Mihiel, les Australiens et les Anglais sur la Somme pour ne citer qu’eux, et partout viendront nos amis allemands, belges, portugais, italiens, russes… En 2014, la France, pays du conflit, se doit de parler au monde. Ainsi qu’à elle-même.

Et d’abord de la République. 14-18 est le deuxième grand événement qui, après 1789, assied et installe la République. Cette République sera mise à bas par l’invasion du pays, jusqu’à ce qu’un troisième événement, la Résistance, la restaure.

De l’échec aussi. 14-18 est un incontestable échec, et d’abord français. Au-delà du 1,45 million de morts, 14-18 a débouché sur un deuxième carnage, plus abominable. Le minimum eût été que les femmes françaises acquièrent le droit de vote en 1918 ! Que l’armée se démocratise, que la question coloniale soit posée. Que l’égalité devant la mort se traduise par l’égalité dans la vie. Que les instituteurs et les curés qui, dit-on, «gagnèrent» cette guerre réclament l’égalité des droits partout dans les colonies ! Rien. Pire : la «paix» des nations, la «paix carthaginoise», la paix qui «presserait le citron jusqu’à ce que les pépins craquent», comme disait Lloyd George, conduisit à l’horreur.

Comprendre, et honorer : honorer Jaurès, pacifiste, mais qui écrivit l’Armée nouvelle. Rendre aux fusillés leur place, entière, sans tache, à côté de leurs camarades. Retrouver Genevoix qui, sans pareil, a évoqué la mort de ses camarades avec une compassion, une tendresse, et une force inouïes dans Ceux de 14. Enfin, repenser l’Europe, dans un moment de tension et d’égoïsme, passer de l’amitié à la fraternité franco-allemande. «Ce que nous avons fait, c’est plus que ce l’on pouvait demander à des hommes, dit Maurice Genevoix, et nous l’avons fait.» Pourquoi ?

Bernard Maris

Economiste, écrivain, conseiller scientifique de la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale

Liberation.fr


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