- Merci Ludewic Mac Kwin De Davy d’avoir accepté notre invitation, vous êtes un jeune auteur d’origine africaine et vous vivez actuellement à Montréal. Nous sommes heureux de pouvoir avoir cet entretient avec vous, il faut dire que vous êtes assez difficile à avoir…
- Merci Ludewic Mac Kwin De Davy d’avoir accepté notre invitation, vous êtes un jeune auteur d’origine africaine et vous vivez actuellement à Montréal. Nous sommes heureux de pouvoir avoir cet entretient avec vous, il faut dire que vous êtes assez difficile à avoir… Vous avez été dernièrement finaliste d’un Prix littéraire de la Francophonie avec votre nouvelle Symphonie porcine, votre prochain livre semble encore plus iconoclaste que les précédents, pouvez-vous nous en dire un mot ? - Je ne suis pas difficile. Je rechigne à me jeter en pâture aux medias, l’anonymat j’y tiens car il est une source d’inspiration. Dans son ombre, j’observe et je me nourris. Votre rédactrice en chef est une amie, c’est pourquoi j’ai accepté cette invitation après avoir longuement hésité. Pour revenir à mon prochain livre, je viens tout juste de le terminer, il est encore chaud, j’ai besoin qu’il refroidisse pour en parler, d’ailleurs à quoi cela sert-il de parler d’un livre, c’est une absurdité, chaque lecteur devrait se faire sa propre opinion si jamais il a envie de le lire. - Comment définiriez-vous votre écriture ? - C’est une vomissure… - Mais encore ? - C’est un vomito negro… Une sorte de manifestation, une expulsion, d’une névrose fiévreuse, dont les origines sont aussi insondables et impénétrables que le cul de Dieu. - Votre écriture est justement beaucoup empreinte d’érotisme, de sexualité… - Tout est sexuel, ou érotique. L’érotisme et la sexualité sont sous-jacents à la pensée, aux manifestations, aux réalisations de l’esprit. Que l’on le veuille ou non. - Certains pourraient dire que c’est assez vulgaire… - Tout à fait… C’est assumé comme tel… Ma plume est vulgo… Je fais parti du vulgum pecus, à un niveau situé vraiment plus bas que la normale, parce que c’est là où je trouve l’authenticité, celle des âmes errantes, enchaînées à leur damnation, leur misérabilisme triomphant, leur rêveries desillusoires, et leurs angoisses tranchantes qui éclatent sanglantes sur leurs existences fébriles. C’est vulgaire… Et c’est authentique… - Vous êtes parfois extrême, sans concession, est-ce nécessaire pour être authentique ? - Je crois que dans ce monde d’extrêmes je suis plutôt au centre, dans l’œil du cyclone. Si vous voulez lire quelque chose d’extrême je pourrais vous conseiller certains amis auteurs, tous plus ou moins anonymes. L’authenticité c’est se dénuder totalement, un déshabillage radical, on ne se met pas à nu à moitié. - Que pensez-vous de l’état de la littérature africaine actuelle ? - Je ne pense pas… Je lis peu les auteurs africains, parce que justement ils sont africains, trop africains. Je suis plus universaliste. Je ne voudrais pas seulement me contenter de parler d’où je viens, des problématiques sociales, politiques, culturelles spécifiques à l’Afrique. Je suis plus touché par des sujets qui ont un caractère plus universels, la dignité humaine surtout. Néanmoins, on ne peut pas me faire le reproche d’être un « traitre », l’un de mes premiers livres Esther est plongé dans les conflictualités africaines contemporaines, c’est essentiellement enraciné dans mes origines. Mais je ne vais pas écrire éternellement dessus. J’appartiens à où je vis aussi. - En parlant de problématiques africaines, lesquelles vous interpellent actuellement ? - Le despotisme de certains régimes politiques. Les tentations de l’africanisme outrancier avec les relents xénophobes nauséeux, que dire racistes, qui lui sont indéniables. Beaucoup d’africains se trompent de combat. - Et vous quel est votre combat ? - La justice… La justice… - Quels hommes politiques suscitent votre admiration sur le continent africain ? - Le plus grand est Paul Biya [NDLR, Président du Cameroun], je suis très admiratif de cet animal politique, être au pouvoir depuis plus d’une trentaine d’années et faire croire que l’on y est depuis six mois, c’est assez fort.. Piller un pays comme il pille le sien, le mettre dans un tel état de délabrement, et laisser penser qu’il suit un développement « tranquille », c’est assez remarquable. Paul Biya, j’adore ! - Et ceux que vous estimez le moins ? - Disons qu’il y a une farouche concurrence de personnalités candidates dans la course à mon mépris. J’attends de voir qui franchira en premier la ligne d’arrivée. - Vous n’êtes pas publié par de grandes maisons d’édition, pourquoi ? - La dernière fois qu’une « grande » maison d’édition m’a contacté, elle s’est barrée aussitôt, mes exigences n’étaient pas de leur goût, et je respecte cela. - Quelles étaient vos exigences, si ce n’est pas indiscret ? - Ca ne l’est pas. En fait, j’ai exigé que la totalité des revenus de mes livres soient distribuées à des associations de lutte contre l’analphabétisme, en Afrique, en Asie, en Amérique latine. C’était inacceptable pour les dirigeants de cette maison d’édition. Alors, la discussion a tourné court. - Pensez-vous que ce soit responsable de telles exigences ? - Ce qui n’est pas responsable, c’est de gagner de l’argent sur les livres que l’on écrit. Etre écrivain n’est pas un métier. C’est assez melanchonien comme conviction, comme quoi, rien n’est impossible. - Êtes-vous pour la libre culture ? - Je ne sais pas ce que c’est que la libre culture, je suis pour la gratuité complète et l’accessibilité la plus large à la culture. Je suis choqué par l’inflation actuelle autour de la culture. Une telle voracité est indécente. - Quels sont vos projets ? - Continuer mon errance dans l’existence… Aller jusqu’aux confins de l’obscurité des hommes, pour espérer y trouver de la lumière. - Merci de nous avoir accordé cet entretien… - Je vous en prie… |