Mme Timiste est convoquée ce matin afin de subir le contrôle mensuel de ses efforts afin de quitter au plus vite la cohorte des vilains assistés. En général, elle n’éprouve pas une joie de jour de noce à ce rendez-vous. Cependant, elle conçoit que ce soit normal et nécessaire. Mme Timiste n’a pas réellement confiance en Mme Polemploi. Déjà, à l’origine, leur relation a pris un départ pour le moins désagréable. La première convocation, Mme Timiste ne l’a jamais reçue. Et Mme Timiste est de bonne foi. Mais il n’y a pas eu moyen de faire comprendre à Mme Polemploi qu’il n’y avait aucun intérêt à mépriser une convocation quand les sous-sous dépendent du respect des règles. De plus, Mme Timiste ayant appris par mail son inconduite supposée, à savoir ne pas s’être présentée à un rendez-vous qu’elle ignorait, a contacté M. 3949 pour dépatouiller le problème, lequel monsieur confirma que la convocation n’avait jamais été envoyée.
Mme Timiste étant au chômage, n’étant pas équipée d’une boule de cristal de compétition, est forcément une menteuse. C’est évident.
Mme Timiste, depuis le mois de janvier, fait tout ce qu’on lui dit avec cœur et engagement, comme se taper des suivis bidon par des organismes qui s’engraissent de la crise, même si la bonne volonté des intervenants n’est pas à remettre en cause… Comme décrire en détail ses compétences et refaire sa copie tant qu’elle n’atteint pas les cinq pages attendues. Autant dire que ses chances de retrouver un emploi doivent dépendre de ses capacités à produire du papier, ou du poids du dossier.
Donc, ce matin, Mme Timiste se rend à son rendez-vous. En plus, même si elle a mal dormi, qu’elle a bobo la papatte, elle n’en laisse rien voir. Elle est sans doute un peu tendue. Mme Polemploi est une petite bonne femme sèche comme un piquet à tomates de douze ans d'âge, et qui sourit quand elle trouve deux jaunes dans le même œuf en le cassant pour l’omelette du soir. Entre la sèche Mme Polemploi et la rebondie Mme Timiste, il y a des incompréhensions de taille.
Mme Timiste est plutôt contente puisqu’elle a répondu à une offre qui lui irait bien si ça se faisait. Un poste qui l’intéresse vraiment. Ce qu’il faut savoir, et c’est important pour la suite de l’histoire, c’est que suivi-bidon a déterminé qu’il fallait qu’elle en termine avec son master avant de se lancer dans la grande aventure « j’écris partout au cas où ». Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que, lors de la séance précédente, Mme Polemploi avait conseillé à Mme Timiste de ne pas commencer de suite la campagne de candidatures spontanées que l’impétrante voulait entamer…
Il n’y a pas trois minutes que Mme Timiste est assise dans le bureau, elle n’a encore pas pu prononcer plus de trois mots, voilà que Mme Polemploi susurre, d’un ton doucereux, un tantinet perfide, comme si elle avait une gosse de trois ans, huit mois, deux jours, douze heures et cinq minutes devant elle : « Mme Timiste, vous savez bien que vous nous trouverez pas de travail en consultant mon site, il n’y a pas de boulot dans vot' branche, du moins pas visible. Vous êtes dans vot' petit monde. Faut vous mettre à la candidature spontanée, ma p’tite dame !!! ».
La tête de Mme Timiste, à ce moment-là, commence à ressembler à une laitue défraichie, dont le regard d’endive bouillie n’éclaire plus grand-chose, si ce n’est un vide d’incompréhension sidéral… Tentative de rappeler ce qui avait été dit durant les séances précédentes : tentative en échec total, reçue par Mme Polemploi comme un camouflet. Réponse de Mme Polemploi : « Avec le niveau que vous avez, vous devriez deviner que la situation a changé ».
Mme Timiste réussit cependant à faire lire à Mme Polemploi l’annonce à laquelle elle a répondu. Mme Polemploi pose des questions au demeurant intéressantes. Mme Timiste répond spontanément et sincèrement, mais avec une grande naïveté… Mme Polemploi déglingue tout ce que dit Mme Timiste, accroche tous les mots, décrète que Mme Timiste est très fragilisée suite à son dernier job (… ce qui n’est pas faux, mais quand même, pas à ce point…), qu’elle est incompétente en entretien d’embauche, et qu’elle va se viander grave. C’est réjouissant.
La tête de Mme Timiste se transforme encore. Désormais, on dirait une laitue pourrie dont le regard d’endive caramélisée reflète une sidération abyssale. Tentative d’expliquer que les réponses ne sont pas forcément celles qu’elle aurait données lors d’un entretien d’embauche… Mme Polemploi : « Mme Timiste, avec votre niveau, vous auriez dû comprendre que je me mettais dans la peau du recruteur et que mes remarques ne sont là que pour vous aider… ».
Mme Timiste pète un câble… Fait remarquer qu’elle ne peut pas deviner, et qu’elle se sent un peu déstabilisée par la situation. Mme Polemploi : « Quoi ! Vous m’accusez de vous déstabiliser ? ». Mme Timiste : « Mais je ne vous accuse pas, je vous dis que JE ME SENS déstabilisée… ». Et là, de lui expliquer qu’exprimer un ressenti n’est pas accuser l’autre, c’est juste un fait.
Bref, tout l’entretien a été du même accabit… Mme Polemploi fait la leçon à Mme Timiste, qui ne dit plus rien, pensant à préserver ses pauvres allocations, elle n’a pas vraiment le choix vu qu’elle ne peut pas s’en passer. Elle n’a pas l’impression d’avoir le droit à la parole. Ben Mme Polemploi accuse Mme Timiste de bouder… Et voui ! Ce n’est peut-être pas de l’abus de pouvoir, mais ça y ressemble un peu quand même.
La tête de Mme Timiste quand elle sort enfin de la séance de démolition, confine à la liquéfaction... Désormais, on dirait une laitue décomposée dont le regard d’endive en purée reflète un abêtissement incommensurable.
Mme Polemploi est une quiche pour laquelle Mme Timiste n’est pas une personne, mais un dossier à dégager le plus vite possible, qui est dans le jugement à chaque mot, qui bavasse sans connaître le métier de Mme Timiste, qui dispense ses conseils en infantilisant un max, et qui change d'idée d'une séance sur l'autre, voire dans l'heure de l'entretien. Elle n’a toujours rien proposé à Mme Timiste. Des fois, Mme Timiste se dit que de ne pas la voir serait une bénédiction, parce que comme casse moral, elle se pose là ! Elle pense que Mme Polemploi la pousse à prendre un boulot, quel qu’il soit, histoire que soit amélioré son rendement de placement. A 1000 assistés supplémentaires par jour depuis mai, elle va pouvoir s'en donner à coeur joie. D’ailleurs, un jour, Mme Polemploi a déclaré d'un ton sans réplique que le travail n’avait pas à être intéressant… Vive Mme Polemploi !