Pas de panique, George était une tortue. Il était le dernier des "Geochelone Abigdoni". J’ai appris ça récemment et ça m’interpelle.
Qu’une tortue, la dernière de son espèce meurt après 100 ans de solitude, à la moitié de sa vie, puisqu’il pouvait rester encore autant de temps sur la planète, je trouve ça triste, et impressionnant. Triste, mais ça me laisse aussi dubitative. Comme si je me reconnaissais dans la dernière tortue de ma race. Ya un peu de ça, d’abord parce que je suis assez sauvage, que j'ai une sacrée carapace, et pis, je me déplace plutôt lentement, en ce moment. D’ailleurs, j’ai dû remettre le bas de contention, sinon, ma cheville, ce serait le jésus de la charcuterie lyonnaise. J’ai l’air malin, avec un mollet à l’air, et l’autre emballé dans un truc noir, épais et opaque.
Pour en revenir à George… 100 ans à errer sans hâte, et à réfléchir sans que rien ne vienne rappeler les objectifs à remplir, si ce n’est se reproduire, ce qu’il n’a manifestement pas fait. Moi non plus d’ailleurs. Je rêverais d’une vie tranquille à méditer, me contenter de peu, et savourer chaque minute qui passe. D’ailleurs, j’en rêve tellement, que je suis en train, peu à peu, de me réorganiser pour pouvoir me passer de tout, ou presque.
Apprendre à vivre avec ce qu’on a, plutôt que de courir après ce qu’on n’a pas, ou qu’on aura jamais, on le découvre sur le tard, j’imagine. Mais quand on a découvert cette possibilité, et bien, c’est un énorme soulagement. Je la vois ma vie désormais, sans besoin de tout ce qui touche au paraître. En me disant que je me prévois de petites échappées en fonction de mes moyens. En ne m’embarquant plus dans quoi que ce soit qui me déstabilise, m’angoisse. Surtout, en considérant que je passe avant les autres, ce qu’il serait bien que je le comprenne, enfin. Juste lire, écrire, peindre à nouveau, et prendre l’air quand j’aurai trois sous. Aimer ma môman, mes soeurettes, mes amis, et puis voilà. La paix.