La morosité du ciel et de l’existence ne doit pas nous persuader que la lumière n’est pas en ce monde. L’espérance dans le progrès technique et social s’est estompée. La plupart tentent de préserver leur situation et les plus exposés sont placés à côté du système économique, dans les marges du RSA et de la précarité.
La morosité du ciel et de l’existence ne doit pas nous persuader que la lumière n’est pas en ce monde. L’espérance dans le progrès technique et social s’est estompée. La plupart tentent de préserver leur situation et les plus exposés sont placés à côté du système économique, dans les marges du RSA et de la précarité. Il est parfois difficile de regarder droit dans les yeux de l’esprit ce monde si incertain et souvent cruel. La pénombre en devient aveuglante. L’attente d’un avènement qui ne vient pas est asphyxiante. Les hommes sont incertains et la société liquéfiée n’offre pas de levier solide pour construire un royaume. Mais qui sait, la lumière serait-elle au fondement de la vie et de l’existence ? Matière et lumière, corps et esprit, et les divines surprises de la vie. C’est lorsque le soleil est au plus bas que la lumière se fait plus désirable, celle des guirlandes illuminants magasins et rues achalandées mais aussi cette ineffable lumière tant prisée des mystiques et qui semble jouer avec notre conscience. L’hiver se dessine comme une longue nuit après le crépuscule et résonne de toute sa pénombre avec les signes d’une civilisation déclinante. Tandis que l’ascension des médias se poursuit et qu’on se demande si les deux ne sont pas liés. Les nouvelles diffusées par les grands journaux papier, parlés et télévisés, incite le voyageur pénétré de vérité à plonger dans une misanthropie intempestive tant la laideur des gens transparaît. Pourquoi les médias ont-ils tendance à ajouter de la laideur au monde ? Ou alors, en inversant à la Spinoza le constat, je dirais que le monde tel que je le perçoit rapporté par les journaux me paraît enlaidi. Je me demande, maintenant, si les fenêtres médiatiques ne rencontrent pas leurs limites lorsque passé un certain niveau de conscience et d’intellection du réel, elles semblent réduire les choses et même les dégrader au lieu de les mettre en avant et si c’est nécessaire, de les magnifier, de leur conférer cette épaisseur phénoménologique leur permettant de pénétrer les sujets pour les rendre éclatantes de vérité. Quand je regarde l’écran et écoute le poste, j’ai le sentiment d’une vision déformée, parfois simpliste, semblant émanée de personnalités suintant le narcissisme, la comédie et parfois la mauvaise foi et l’arnaque. Serais-je enfin en capacité de développer ce fameux contrepoison dont parlait Platon dans le livre X de la République ? Un contrepoison permettant de déjouer les ruses de la manipulation et qui jouerait non seulement dans le registre émotionnel mais aussi dans la sphère intellectuelle. Il y a deux processus de vision du monde, l’un qui réduit et rétrécit, l’autre qui ouvre et amplifie. Un peu à l’image des deux miroirs, convexe et concave. L’un réduit l’image en écartant les rayons externes, l’autre les concentre, rassemblant les perceptions avec toute leur diversité et leur richesse, pour un entrelacs des choses leur permettant de dévoiler une vérité à travers leur complexité. Y aurait-il une théorie de la relativité du voir à élaborer ? L’accès au monde grâce aux médias ne produit pas le même effet. Prenez deux individus et placez-les face à une série de séquence télé et radio. L’un aura le sentiment d’agrandir sa vision du monde et l’autre aura l’impression d’être emprisonné et mutilé dans son élan gnostique. Si dans les Confessions d’Augustin on trouve une apologétique, on rencontre également quelques éléments de gnose, comme également dans La cité de Dieu. Ce qu’on retient chez cet auteur, c’est l’opposition entre deux mondes, celui physique (naturel), matériel et temporel et l’autre, divin ; cité céleste opposée à la cité terrestre. Cette opposition se dessine dans le champ de la morale théologale : « Deux amours ont bâti deux cités : celle de la terre par l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, celle du ciel par l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi. L'une se glorifie en elle-même, l'autre dans le Seigneur. L'une en effet demande sa gloire aux hommes ; l'autre tire sa plus grande gloire de Dieu, témoin de sa conscience. L'une, dans sa gloire, redresse la tête ; l'autre dit à son Dieu : Tu es ma gloire et tu m'élèves la tête. L'une dans ses chefs ou dans les nations qu'elle subjugue, est dominée par le désir de dominer ; dans l'autre, on se rend service mutuellement dans la charité, les gouvernants en prenant les résolutions, les sujets en obéissant. L'une, dans ses puissants, chérit sa propre force ; l'autre dit à son Dieu : "Je t'aimerai, Seigneur, toi ma force. » (La cité de Dieu, XIV, 28) On aura reconnu la marque du manichéisme, doctrine distinguant le bien et le mal en les concevant comme inconciliables, l’homme étant alors fait d’un corps mauvais et d’une âme immortelle appartenant au royaume de la lumière. La doctrine de Mani est une gnose. Qui influença le jeune Augustin qui s’en démarqua pour une pensée profondément chrétienne. La vision gnostique le conduit à évaluer distinctement tenants et aboutissant de deux cités. Deux ressorts distincts, la domination pour l’une, la charité pour l’autre. Deux dispositions morales, l’amour de soi au détriment de Dieu, et l’amour de Dieu au mépris de soi. On se situe dans le registre vouloir, aimer et agir. Augustin, comme tous ceux qui ont fréquenté la gnose, ont certainement commis l’erreur de déduire l’ontologique et le théologique à partir de la connaissance du monde. Quant aux modernes, ne pourrait-on dire qu’en sacrifiant la gnose au nom de la rationalité et de l’empirisme, avec l’appui des scientistes, ils ont détruit l’ontologie et la théologie ? Il fallait retrouver la vision, ou du moins une manière de Voir et c’est cette tâche qui occupa pendant des décennies Husserl, le fondateur de la phénoménologie. La voie phénoménologique permet d’envisager une instauration, voire une restauration du sujet gnostique. Chacun possède une propension pour voir le monde plutôt radieux ou alors assez sombre. Le psychisme oscille souvent entre l’une et l’autre option. La tonalité radieuse de la vision est causée par sujet mais elle lui échappe le plus souvent. Les contenus de la conscience échappent pour une part à la compréhension rationnelle, recélant une part de mystère. La phénoménologie mène-t-elle à Dieu ? Je décide d’interrompre cette réflexion, non pas parce qu’elle est inintéressante, ni même vaine, ni encore stérile ou inutile. La cause étant que la vérité est trop évidente pour ne pas être exposée. Quand on part à la recherche de Dieu, c’est soi-même qu’on cherche et chaque fois qu’on se trouve, on trouve Dieu. Le reste, eh bien disons qu’à travers les religions instituées, ce qu’on trouve le plus souvent, c’est l’illusion, la névrose, voire le délire d’une communauté qui s’est fourvoyée sur Dieu. En ce sens, la religion instituée est le plus souvent un facteur de perdition car elle est élaborée et propagée par des religieux égarés ou alors avides de pouvoir sur les âmes. La religion instituée n’est que le partage de névroses et d’égarements. La vraie religion est un chemin entamé par une libre délibération du pèlerin. Et pour délibérer, il faut connaître. Dieu est un transfini qui s’offre aux gnostiques et que les gnostiques trouvent chacun d’une manière personnelle. |