De l'impérieuse nécessité de lancer un concours d'idée sur le développement de l'urbanisme péri-urbain basé sur la maison individuelle pour réorienter l'offre vers le collectif.
Tout a été dit, écrit, filmé sur le sujet. On peut tenter de résumer le discours avec deux observations :
1- Google Earth permet de voir l'impact du pavillonnaire sur les périphéries des grandes villes : l'espace pris par ces ensembles résidentiels est démesuré, et les infrastructures pour les desservir tout autant démesurément étirées ;
2- En faisant un peu de tourisme périurbain on comprend vite qu'il n'y a rien à voir dans ces ensembles pavillonnaires en dehors des alignements de maisons, et rien à faire en dehors du centre commercial le plus proche, accessible uniquement en voiture (attendre le bus, quand il y en a un, n'est pas une sinécure) - rejoindre le centre ville pour retrouver une forme évoluée de la civilisation devient rapidement un besoin pressant.
Mais ceux qui habitent là n'ont pas cette vision kafkaïenne car il y a des avantages incontestables à vivre dans ces lotissements : la qualité de la vie c'est d'abord le jardin où les enfants jouent, le barbecue entre amis le dimanche, un calme plus affirmé qu'en ville etc., toutes choses qui, pour la plupart des résidents, compensent largement les contraintes liées au transport, à la dépendance à la voiture individuelle, aux temps de trajets etc. La monotonie de l'urbanisme, la répétition des constructions, la consommation de l'espace, etc., sont rapidement intégrés et « on fait avec ». Le promoteur, l'homme de marketing, a gagné son pari : ce produit de logement individuel est vendable ! Durablement vendable, les pouvoirs publics accompagnant de gré ou de force le mouvement en allongeant les infrastructures autant que de besoin, malgré le discours écologique, la lutte contre le réchauffement climatique, la perte de terres agricoles etc., etc.
Mais doit-on, soit partager cet optimisme découlant d'un bonheur a minima dans des maisons individuelles plantées comme des pommes de terre en plein champ qui se vendent comme des petits pains et continuer à en fabriquer à la chaîne ; soit accepter cela comme une fatalité découlant du fait de l'inaccessibilité de la Ville aux primo-accédant... et aux autres qui sont de plus en plus nombreux - rareté de l'offre et mondialisation de la demande pour les capitales faisant monter les prix à des niveaux inaccessibles même aux classes moyennes supérieures qui ne bénéficient pas d'héritages confortables ? La réponse est non, d'autant qu'elle s'imposera d'elle-même à plus ou moins long terme, les contraintes finissant par être supérieures aux avantages.
Avant de s'interroger sur la bonne méthode pour transformer ces ensembles pavillonnaires en Cités – et de tomber dans les utopies chères à nos architectes et anthropologues -, ne serait-il pas plus judicieux d'inventer un nouveau logement collectif pouvant concurrencer la maison individuelle ? L'idée d'un concours d'idée sur ce sujet me paraît relever d'une démarche politique responsable, et surtout pour des écologistes qui ont en charge le logement dans le gouvernement actuel ! Chacun peut y aller de sa proposition, mais on voit bien qu'il y a quelque chose de nouveau à inventer pour répondre à cette question simple : quelle offre de logement collectif peut concurrencer la maison individuelle ? Cette question est double car elle porte à la fois sur l'aménagement et sur l'architecture. On sait que la réponse n'est pas dans du collectif formé de barres et de tours comportant des milliers de logements : on sait ce qu'il ne faut pas faire... mais que faut-il faire ? Quel logement collectif fabriquer pour que l'acquéreur renonce à l'habitat individuel ?
Un concours d'idée ouvert aux urbanistes et architectes serait au moins l'initiation d'une intention et d'une méthode.
La réhabilitation des nombreux lotissements se posera un jour, et elle ne pourra être abordée avec succès que si une bonne réponse a été apporté aux nouveaux projets.