Le dernier, et ce n’est pas dommage, après une année où se sont affrontés des hommes et des femmes, rarement des idées qui puissent nous brosser un avenir quel qu’il soit. J’ai choisi pour ma part : la gauche, mais sans enthousiasme, sans retrouver cette bouffée d’espoir que 81 avait su me procurer. Est-ce que 81 restera, comme le 93 de Victor Hugo, le symbole unique d’une bataille pour des valeurs qui ne savent plus se réconcilier… J’en ai peur et dans vingt ans, on ne parlera plus de 12. Le temps est venu du chacun son tour. Alors voter ? Oui bien sûr, parce que si nous abandonnons tous, nous qui croyons que le choix du peuple est gage d’une certaine liberté, ceux qui haïssent la liberté, eux, ne désarmerons pas. Voter, même sans convictions.
Je me suis rendue à mon bureau. C’est fait. En marchant dans les rues, je regardais les jolies façades que, souvent, on ignore, par manque de temps. Et je pensais à l’Europe, cette belle idée, la plus belle du XXème siècle, qui se roule depuis peu, dans une cauchemardesque médiocrité. N’en déplaise à Merkel, la médiocrité est de mise, puisque l’Europe n’est qu’une Europe de la finance, du commerce, de l’économique, et qu’elle n’est pas celle de la culture, de l’échange, de la protection, de la tolérance. Cette Europe pour laquelle je regrette d’avoir voté, justement… Je me sens trahie.
Le bureau était vide. Ça n’augure pas une mobilisation massive des électeurs. Comment leur en vouloir ? La politique, cette noble science de la vie dans la cité, est devenue la science occulte de la manipulation des foules, aux profits de quelques-uns. Il en faudra des batailles pour que grandisse un peu l’envie de participer. Envie massacrée par une radicalisation honteuse et dangereuse d’une droite qui n’a pas hésité à se vautrer dans un front brun pour des stratégies de l’immédiateté, de l’intérêt personnel.
Moi qui rêve de débats intelligents entre des points de vues divergents mais concourant à vouloir le bonheur de tous… Je risque d’être morte avant d’avoir ce plaisir-là.
J’ai voté, et ce soir, j’irai dépouiller.

Et dépouillement
Voilà j’ai dépouillé. Ce fut sans histoires, sans passion. J’ai retrouvé, tout à fait par hasard, un ami photographe, ce qui nous a permis d’échanger à nouveau nos courriels. Pas de sport, pas de cris, pas de contestation. Du tout bien civilisé. Le candidat pour lequel j’ai voté est arrivé en tête, alors que ce bureau est traditionnellement plutôt bleu.
Et maintenant, j’attends que 20 heures sonnent, que le camembert de la répartition des sièges s’affiche. Enfin ! Et qu’enfin nous passions à autre chose que ces campagnes au goût d'étron.
20 heures…