Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, à la une du cahier « Science & Techno » du samedi 9 juin 2012, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ? Alors bienvenue ! ...
Vous parcourez peut-être ces lignes parce que vous venez de lire le billet publié dans Le Monde, à la une du cahier « Science & Techno » du samedi 9 juin 2012, et que vous avez voulu en savoir un peu plus ? Alors bienvenue ! Le format de cette « carte blanche » oblige à la concision, et ne permet guère ni de créditer ni a fortiori de citer de façon suffisamment détaillée les recherches et les publications sur lesquelles je me suis appuyé pour la rédiger. Aussi, tant que durera cette tribune (et je viens d’apprendre qu’elle continuera de m’être offerte toute l’année prochaine), je vous propose de retrouver ici, au moment de la parution de chacune de ces « cartes blanches », un billet plus long dans lequel j’essaierai de développer mon propos, et d’apporter quelques suggestions de lectures : ce sera une façon de rendre à mes collègues ce que je leur aurai emprunté pour écrire ces courts billets. Les Français inégaux face aux vacances Pour cette dernière carte blanche avant l’interruption estivale, j’avais dans un premier temps imaginé prendre pour objet les vacances, et en particulier la persistance, relativement méconnue, des inégalités de départs en vacances. J’aurais ainsi commencé par rappeler que quand on veut mesurer quelque chose, il faut d’abord le définir, et qu’il faut donc préalablement s’entendre sur une définition de ce que c’est que « partir en vacances ». Si on retient la définition de l’INSEE, qui l’emprunte à l’Organisation mondiale du tourisme, sont comptés comme « départs en vacances » les déplacements d’au moins quatre nuits consécutives hors du domicile, à l’exclusion des déplacements professionnels, des voyages d’études, des séjours motivés par la maladie ou le décès d’un proche et des séjours de santé dans des établissements spécialisés. Munis de cette définition, qu’observe-t-on ? Il y a une dizaine d’années, un article de Céline Rouquette dans Economie et statistique rappelait la persistance des inégalités de départs en vacances au cours des années 1990. Dix ans plus tard, le taux de départ a régressé dans l’ensemble de la population, puisque aujourd’hui c’est à peine la moitié (53%) des Français qui partent en vacances au moins une fois dans l’année, contre les deux tiers au cours des années 1990. Et surtout, les disparités sont toujours là : 71% des cadres partent en vacances au moins une fois dans l’année, contre seulement 41% des ouvriers, selon une étude du CREDOC. Comment mesurer les inégalités? Juste avant l’été, je voulais prendre ce « prétexte » et cet exemple pour expliquer que les enquêtes sociologiques, contrairement aux expériences des sciences comme la biologie ou la physique, ne produisent que rarement des « découvertes », et que leurs résultats s’énoncent rarement sous la forme de « lois » immuables. Peu de découvertes donc, mais souvent, d’indispensables rappels : contre les discours enchantés de toutes sortes, il s’agissait de montrer que le travail sociologique a donc d’abord pour vocation de mesurer, décrire et tenter de démonter les mécanismes de production et de reproduction des inégalités qui persistent en France dans de nombreux domaines de la vie sociale, en matière de départs en vacances comme on vient de le voir, mais aussi bien sûr en matière d’éducation, de travail, de salaires, de santé, d’accès aux loisirs, de sentiment d’insécurité… Sans ce travail parfois fastidieux et un peu désespérant, mais absolument fondamental, que d’ailleurs l’Observatoire des inégalités s’efforce de rendre le plus visible possible, est-ce que nous n’aurions pas tendance à oublier que les salaires des femmes restent 20% plus faibles que ceux des hommes, que l’espérance de vie des cadres dépasse toujours de six ans celle des ouvriers, et donc que 75 ans après l’instauration des congés payés, encore moins de la moitié d’entre eux partent en vacances ? Suite et fin de ce passionnant article de Pierre Merckle ICI Références bibliographiques Barbut Marc, 2007, La Mesure des inégalités. Ambiguïtés et paradoxes, Genève, Droz Duru-Bellat Marie, Kieffer Annick, 2000, « La démocratisation de l’enseignement en France. Polémiques autour d’une question d’actualité », Population, 55(1), p. 51-80. En ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_2000_num_55_1_7097 Euriat Michel, Thélot Claude, 1995, « Le recrutement social de l’élite scolaire en France. Évolution des inégalités de 1950 à 1990 », Revue française de sociologie, 36(3), p. 403-438. En ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1995_num_36_3_5065 Florens Jean-Pierre, 1984, « Inégalité et dépendance statistique », Revue française de sociologie, 25(2), p. 255-263. En ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1984_num_25_2_3794 Goux Dominique, Maurin Éric Maurin, 1997, « Démocratisation de l’école et persistance des inégalités », Économie et Statistique, 306, p. 27-39. En ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/estat_0336-1454_1997_num_306_1_2570 Grémy Jean-Paul, 1984, « Sur les différences entre pourcentages et leur interprétation », Revue française de sociologie, 25(3), p. 396-420. En ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1984_num_25_3_3824 Hoibian Sandra, 2010, « Vacances 2010 : Les contraintes financières favorisent de nouveaux arbitrages », Crédoc, enquête « Conditions de vie et Aspirations des Français ». En ligne : http://www.credoc.fr/pdf/Sou/vacances_ete_2010.pdf Maurin Louis, 2008, «L’Observatoire des inégalités : un état des lieux », Informations sociales, n° 148, p. 106-107. En ligne : http://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2008-4-page-106.htm Maurin Louis, Savidan Patrick (dir.), 2008, L’état des inégalités en France. Données et analyses, Belin Oeuvrard Françoise, 1979, « “Démocratisation” ou élimination différée ? Note sur l’évolution du recrutement social de l’enseignement secondaire en France, entre 1958 et 1976 », Actes de la recherche en sciences sociales, 30, p. 87-97. En ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1979_num_30_1_3491 Prévot Jean, 1985, « À propos d’indices et de comparaisons de proportions », Revue française de sociologie, 26(4), p. 601-628. En ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1985_num_26_4_3987 Prost Antoine 1986, L’enseignement s’est-il démocratisé ?, Paris, PUF Rouquette Céline, 2001, « Départs en vacances: la persistance des inégalités », Économie et Statistique, 345, 1, p. 33-53. En ligne : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ES345B.pdf Thélot Claude, Vallet Louis-André, 2000, « La réduction des inégalités devant l’école depuis le début du siècle », Economie et Statistique, n° 334, p. 3-32. En ligne : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/es334a.pdf Vallet Louis-André, 1988, « L’évolution de l’inégalité des chances devant l’enseignement. Un point de vue de modélisation statistique », Revue française de sociologie, 29(3), p. 395-423. En ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1988_num_29_3_2524 Vallet Louis-André, 2007, « Sur l’origine, les bonnes raisons de l’usage, et la fécondité de l’odds ratio », Courrier des statistiques, 121-122, p. 59-66. En ligne : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/cs121k.pdf |