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Les ados, le porno et la panique morale des parents

Publié par Frédéric Joignot le 10/05/2012 20:00:00 (1996 lectures) Articles du même auteur
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Depuis qu’avec Internet le porno est entré dans la vie des mineurs, il ne se passe pas un jour sans qu’un colloque de psychologie, une convention scolaire, un service gouvernemental, des féministes ou des politiques en débattent. Inquiets. Parfois indignés. Souvent dépassés. En ce début d’année, deux grandes controverses impliquant la pornographie et les jeunes ont fait la Une. D’abord, le rapport de la sénatrice UMP Chantal Jouanno pour le Ministère des Solidarités a dénoncé « l’hypersexualisation » grandissante des filles de 8-12 ans, parlant de « pornification ». Ensuite, l’enquête sur la contraception des adolescentes du Dr. Israël Nisand pour le secrétaire d’Etat à la Jeunesse s’en prend violemment à l’impact de la pornographie sur les mineurs. Chantal Jouanno écrit : «Nous n’avions pas conscience que les codes de la pornographie ont envahi notre quotidien. (…) S’agissant des enfants, elle renvoie à l’hyperérotisation de leurs expressions, postures ou codes vestimentaires». Exagère-t-elle ?

(Faute de place, une version courte de cet article a été publié dans Le Monde Culture&Idées. Un entretien avec le sociologue Michel Bozon sur "la panique morale des parents" vient à la fin. )

 

 La sénatrice s’est appuyée sur les travaux de nombreux pédopsychiatres, sociologues, spécialistes des médias. Que montrent-ils ? Avant la puberté, dès le CM1, beaucoup de fillettes se mettent du gloss, portent des jeans slim, des minijupes, des tangas - des tenus "hypersexuées". Elles s’inspirent de stars adolescentes au sex-appeal débridé, Britney Spears, Rihanna, Alizé, Christina Aguilera, Lady Gaga, ou les Girlicious. Selon Mariette Julien, sémiologue canadienne, cette «girl culture», pleine de « Lolitas », emprunterait ses codes au cinéma érotique et la pornographie : kilt, tenue moulante, soutiens-gorge push up, décolleté, bas résille. Elle parle d'une pornification. Faut-il la suivre ce terrain : des tenues résolument séduisantes relèvent-elles d'un univers X ? Le sexy est-il sexuel, le suggestif pornographique, le déguisement une perversion, surtout à cet âge ? Remarquons cependant que les grandes marques de vêtements et de cosmétiques encouragent l'allumage chez les tout jeunes. Ainsi, l’été 2011, Vogue proposait une série de mode avec Thylaine, 10 ans, en jupe fendue, talons aiguilles, très maquillée, étirée sur des coussins léopards. On pense en effet à des images de film érotique - interdit au moins de 16 ans. Le cœur de cible avoué : les « tweens » ou « enfados », les 8-14 ans, qu'il s'agit de rhabiller de pied en cap. Un marché colossal, 260 milliards de dollars aux États Unis, labouré par les études marketing et la presse mode : Milk, Doolittle, La petite... Elle propose désormais, à foison, de nouvelles panoplies et produits pour les toutes jeunes : hauts talons pointure 30, top dévoilant le nombril, micro-shorts, trousses de maquillage, strings pour les 10 ans, etc. Corinne Destal, de l’université de Bordeaux, a étudié les représentations sexuées à destination des fillettes dans les magazines. Dès 8-10 ans, elles lisent la presse ado, Girls, Star Club, Muteen. destinées au 15-18 ans. Dans cette presse, qui «met le corps sur un trône», « l’hypersexualisation passe par une éducation précoce à la séduction, des codes sexy, des clips à l’érotisation démonstrative. » En nombre de pages, tous ces journaux encouragent beaucoup plus les jeune filles à se mettre en valeur, à séduire les garçons - à devenir de bonnes "fuck friends" comme dit le journal Muteen - qu’à leur présenter des métiers et faire carrière («surtout des carrières longues» précise Corinne Destal).

Pédophilie ambiante ?

Dans le rapport Jouanno, psychologues et pédopsychiatres se montrent les plus inquiets de l’hypersexualisation et de l’arrivée des films pornos. Selon eux, les enfants connaissent entre 8 et 12 ans, avant l’arrivée de la puberté, une «période de latence» pendant laquelle ils se préoccupent moins de la sexualité, se passionnent pour des grandes questions, se rapprochent de leurs parents, s’intéressent à la scolarité et aux sujets «sérieux». C’est une étape importante dans leur construction cognitive et la formation de leur personnalité. D’être confrontés sans cesse à la séduction, une signalisation sexuelle, la pornographie pourrait les en détourner. Ou développer la dimension pulsionnelle. D’après le pédopsychiatre Michel Botbol, cette sexualisation les conduit parfois à rencontrer des « problèmes d’hyperactivité », d’«acquisition de savoir» ou de « perte d’estime de soi ». Un autre, Didier Lauru explique : «La publicité, les films, les magazines envoient en permanence des messages crus. Même excès en famille où, souvent, les adultes manquent de discernement et de pudeur. Résultat : les enfants sont continuellement excités, au sens sexuel du terme.»

 Tous les psys ne partagent pas cette analyse. Sophie Marinopoulos, experte auprès des juges pour enfants, refuse de penser en termes de « mineurs sexualisés ». Elle s’inquiète plutôt du rôle trouble et actif des parents dans cette érotisation : « Ce sont eux qui leur achètent des habits coûteux et sexy, les exhibe, les déguise. Dès qu’ils ont 3 ou 4 ans. Ce sont les mêmes qui présentent des gamines aux concours de petite Miss.» Selon elle, l’enfant devient un faire-valoir. Les garçons, transformés en « lolitos », comme les filles. « Il y a une ambiance pédophilique nouvelle, continue la psy. L’enfant n’a plus de valeur par lui-même, il doit ressembler au rêve de ses parents. On le prend dans des fantasmes qui ne sont pas les siens. On lui vole son enfance. » Pour le sociologue Michel Fize aussi, proches des adolescents depuis vingt ans ("Les nouvelles adolescentes", Armand Colin), parler d’hypersexualisation est une vision d’adultes à problème. Ils projettent leur propre vision : «Qu’entend-on pas «fillette», «Lolita» ?Parlons de jeunes adolescentes ! Pour les filles, se mettre en valeur dès 10 ans, plaire, est leur manière d’entrer dans la féminité avant la puberté. Tout est question de culture, de mode de vie, de réseau. C’est une nouvelle jeunesse. Ils veulent ressembler à leurs ainés, devenir indépendants plus tôt. Il y a de la séduction, des manières, mais pas de sexualité réelle.» Que pense-t-il de «la période de latence» d’une enfance sans sexualité ? «On veut faire croire qu’il existe un temps d’enfance immuable et innocente, sans séduction ni désir. Ce sont des discours psys archaïques ». En effet, Freud a montré depuis longtemps que les jeunes enfants étaient des êtres sexués et désirants - cela fait donc toujours scandale ? Peut-on vraiment parler de nymphettes décérébrées par les marques ? Michel Fize : « Les intéressées vous disent tout le contraire. Elles ne se vivent pas comme une chose sexuelle. Elles n’y pensent pas en ces termes. Pour les ados, féminité et féminisme, séduction et respect, désir et amour marchent ensemble. Chantal Juanno les fait rire quand elle propose de rétablir l’uniforme dans les collèges ! » (sans parler de la dernière proposition ultra-conservatrice de Nicolas Sarkozy : obliger les adolescentes a demander l'autorisation parentale pour acheter la pilule.)

PORNOGRAPHIE VIOLENTE

 Michel Fize s’inquiète par contre de l’impact des films pornos sur les très jeunes - les 8-10 ans. «Tomber à cet âge sur un film hardcore n’est jamais anodin. On y voit de telles performances, de telles violences, que cela peut les choquer.» Depuis quelques années, une pornographie violente - « Xtrem », « gonzo », « démolition » -, où les femmes sont brutalisées se développe. Tentant leur chance sur Internet, des petites productions réalisent des films aux budgets de misère, pratiquant la surenchère dans le harassement et le « deep throat » (prise de gorge). La série Xanadu d’Arte, l’histoire d’un producteur porno ruiné par Internet, la décrit bien. Le fils propose : «Aujourd’hui, une seule solution, le gonzo. Un canapé, trois pétasses, une caméra .». Le père répond : « Ici, c’est le haut de gamme du X, pas de la charcuterie.». L’ancienne actrice de X Raffaëlla Anderson a raconté cette « charcuterie » dans son rude témoignage « Hard » (Grasset, 2000). D’autres, Adeline Lange, Priscila Sol, Nina Roberts et bien d'autres ont dénoncé la dureté des tournages du «gonzo» et des «gang bang» (75.500.000 résultats en 0,19 sec sur google). Que se passe-t-il dans la tête d’une adolescente de 8 ou 10 ans quand elle visionne «Tournante dans un dépotoir » ?. Le pitch : «La blondasse se fait bombarder tous les orifices par ces 6 brutes. Puis baiser à fond, fister et déchirer par tous en même temps !». Tout est accompli dans ces films X-trem, souvent les jeunes actrices sont visiblement à la peine (que fait le Strass, le nouveau syndicat des travailleurs du sexe ?). Peu d’enquêtes ont été menées sur ce que ces scènes peuvent suggérer à un très jeune, qui les découvrent par hasard, ou les cherchent, pour voir, au fil du Net. Le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez parle souvent du porno avec des mineurs. Il résume bien le malaise : «Ils peuvent en ressentir une angoisse soudaine, intense et durable : peur d'une possible agression contre eux, peur de ces masses de corps qui partouzent, de leurs transformations et de ce qui en sort, et ce jusqu'à la peur que leurs propres parents et leur entourage deviennent monstrueux eux aussi, des animaux sauvages, quand ils sont tout nus.»

 Cependant, dès que les garçons flirtent, à 13-14 ans, visionner du porno devient chez certains un moment d’«éclate sexuelle» qu’ils veulent retrouver, partager avec leurs copains. Si, parfois, une pratique autoérotique devient additive, comme chez Kid, le héros triste du roman de Russel Banks «Lointain souvenir de la peau» (Actes sud), le médecin ajoute : «La majorité des enfants ne s'attachent pas à ce qu'ils ont vu , et n'y reviennent qu’occasionnellement ». Autrement dit, ils ne sont pas traumatisés, ou encore comprennent qu'il s'agit juste de cinéma (même si la violence infligée peut choquer, surtout les jeunes femmes). Le psychologue parle encore d’une forme de déniaisement : « Le réalisme de l'enfant augmente, et il ne faut plus trop lui raconter de « salades » sur ce que sont les autres - pas toujours de bons parents angéliques! -, sur ce qu'est la sexualité - c'est aussi la « baise ». Disons qu'il en sort un peu vieilli, un rien cynique, lucide, matérialiste, bien plus vite que ce que voudraient beaucoup de parents


NOUVELLES MŒURS, NOUVELLES NORMES

 Le vocabulaire sexuel des jeunes a changé avec le porno. Selon l’association scolaire Sésame, dirigée par Denise Stagnara, les mots du X représentent désormais 20% des expressions sexuelles. Si en 1980, les 10-11 ans parlaient de «graines» et de «sentiments», aujourd’hui ils connaissent « homo », «fellation», «sodomie». Ils les ont découvert par eux-mêmes. Avant la période "graines", les parents parlaient d'un oiseau qui distribuait les bébés dans les cheminées. Une époque s'achève. Faut-il la regretter comme "le bon vieux temps" ? D’autres effets, plus insidieux, ou anxiogènes, ont été repérés. Le docteur Ronald Virag, andrologue, reçoit de plus en plus de garçons de 16-18 ans qui veulent se faire agrandir le pénis. L’outil imposant des «hardeurs» les traumatise, qu’ils bandent tout le temps les complexe. Les nouveaux codes du porno - faux seins énormes, sexe rasés, etc - développe parfois des peurs : certains sont choqués quand ils voient des filles velues (le "barbu" d'hier). Chez d'autres, on rencontre une angoisse de performance. Chez les filles aussi. Michel Fize remarque que les pratiques sexuelles évoluent peu, mais qu’elles peuvent être « désinhibées » par le porno. «On sous-estime toujours le désir féminin. Des choses qui se faisaient hier après une phase d’approche deviennent courantes dès les premiers rapports. Et bien des jeunes distinguent très vite ceux «avec qui on couche» et les histoires d’amour.» Pourquoi s'en offusquer forcément ? L’espace d’accueil pour 13-25 ans Cyber Crips a enquêté auprès de 10.000 ados : dès 14 ans, des garçons demandent une fellation. Ce serait le flirt poussé d’aujourd’hui - comme c'est le cas, depuis longtemps, dans beaucoup de pays du Sud où la virginité est valorisée ? Philippe Brenot, psychiatre et sexologue, vient de publier une enquête sur le plaisir féminin, interrogeant trois mille femmes (aux Arènes, "Les femmes, le sexe et l'amour"). Il nous dit : «Certaines adolescentes croient devoir se soumettre aux clichés du porno pour plaire aux garçons et se rasent le pubis, comme dans le porno. Des nouvelles mœurs s’installent. Des normes aussi. Un terrorisme de l’orgasme vaginal, des coïts interminables, une obligation de jouissance. Souvent, la technique l’emporte sur la découverte de sa propre envie. Nous revoyons ces femmes en consultation, adultes, avec une plainte de plaisir absent et de disparition du désir.»

 Nouvelle époque, nouvelles normes, nouveaux problèmes.

MINEURS DÉLINQUANTS SEXUELS ?

 Le gynécologue Israël Nisand a fondé le site Ado-info pour répondre aux questions sur la sexualité. Il se montre alarmiste. « La pornographie est devenue la principale forme d’éducation sexuelle. Je trouve grave qu’un collégien de 10 ans demande «Est-ce que Maman fait l’amour avec des chiens» ? Ce sont des questions qu’on entend ! Je ne trouve pas normal que des lycéennes de 14 ans fassent des fellations à plusieurs garçons, pour faire «comme au cinéma».» Il dénonce « la vision avilissante de l’amour et des femmes » de la pornographie, qui perpétue «des stéréotypes sexuels agressifs, une pensée machiste et des relations de pouvoir» qui marque les adolescents. Il reprend les arguments des féministes prohibitionnistes, « Women against pornography » aux Etats-Unis ou les « Chiennes de Gardes » en France, qui voient dans la pornographie dominante un discours assimilable au racisme, présentant les femmes comme toujours disponibles, soumises, ravies d’être violentées et humiliées - ils n’en considèrent cependant jamais la dimension fantasmatique, cinématographique, support de l’onanisme, réservoir à fantasmes (ce qui fait dire à Virginie Despentes dans « King Kong Théorie » que le porno est l’angle mort de la raison, nous révélant ce qui nous excite malgré nous).

 Pour les féministes antiporno comme Israël Nisand, les jeunes, peu expérimentés, intègrent les clichés machistes du cinéma X. Résultat : ils seraient encouragés à mépriser les femmes. S’appuyant sur les travaux du sociologue Richard Poulin, véritable croisé contre le porno, Israël Nisand l’associe à la violence grandissante des mineurs. Il rappelle qu’en France, en 2002, 983 jeunes adolescents étaient condamnés pour violence sexuelle, 1392 en 2006, 3169 en 2008. Comment la pornographie interviendrait ? Elle encouragerait le mépris des femmes. La confusion entre le virtuel et le réel. Le passage à l’acte. Selon le rapport Meese américain réalisé à l'arrivée des dvd pornos (1986), 21 délinquants sexuels récidivistes sur 25 en visionnaient régulièrement. Un violeur sur deux déclarait en avoir vu avant d’agir (attention, invoquer la pression du porno, n’est-ce pas un moyen de renier sa responsabilité ?). Soit. Mais le porno est une culture populaire, massive, connue de tous - faut-il s'étonner que des délinquants sexuels en regardent ? Il n'est pas non plus, et de très loin, le seul "discours" sur la sexualité : d'autres se déploient au cinéma, dans la littérature, les reportages, les médias, les sciences humaines, ou auprès des parents, des amis et copains, sans compter qu'aujourd'hui les réseaux sociaux du Net sont plus fréquentés que les sites sexuels. Ajoutons qu'une enquête menée en 2008 auprès de 688 jeunes Danois (372 femmes, 316 hommes) par le sociologue américain Nail Malamuth (mondialement connu pour avoir faire connaître l'impact social de la pornographie), a montré qu'ils trouvent beaucoup d'avantages à visionner des films X : selon leurs propres déclarations, ils contribuent à rendre leur vie sexuelle plus agréable et inventive, améliorent leur relation à l'autre sexe, tout comme leur perception de l'existence en général. L'étude nous apprend encore que plus les personnes en regardent, plus elles disent en tirer des bénéfices dans leurs rapports amoureux (on trouve ce document ici : ?MUD=MP )

Israël Nisand cite encore plusieurs faits-divers où des lycéens imposent des fellations à des filles, les filmant avec leur portable. Un lieutenant de la brigade des mineurs de la région Paca nous en parle : «Ces derniers mois, nous avons eu deux histoires de gamine poussée à faire de fellations. Un garçon de 16 ans, exclus de plusieurs lycées, l’a entraînée dans un tunnel désaffecté avec deux copains de 14 et 15 ans.». La jeune fille, 14 ans, était battue par ses parents. Elle espérait juste avoir un petit copain. L’autre affaire concerne quatre jeunes de 12-13 ans. L’un des garçons appelle la fille, 13 ans. Elle vient, vite elle le suce. Il la filme : «Si tu ne le fais pas à mes copains, je le montre à tout le monde.» Elle s’exécute. Le lieutenant explique :« Les gamins étaient très tenus par leurs parents, des ouvriers. Les pères ont été choqués. Tout se passe en dehors d’eux, via les réseaux sociaux.» Le rôle du porno ? «Dans une affaire, un des jeunes en regardait avec son oncle.» Est-ce suffisant pour l'incriminer ? Ces fait-divers adolescents, mauvais garçons et filles fragiles, n’ont-ils pas toujours existé ? «Ils sont plus nombreux. On sent l’influence du porno, explique le lieutenant, dans le fait qu’il y a moins de respect des filles, moins de romantisme. Ce n’est plus comme avant, sortir, aller au cinéma, etc. C’est beaucoup plus direct.»

 Ce serait la fin de l’innocence ? Mais a-t-elle jamais existé ?

LE PORNO, C’EST POUR LES VIEUX

 Les jeunes sociologues de l’Injep (l’observatoire de la jeunesse au Ministère de l’éducation nationale) relativisent l’alarmisme d’Israël Nisand et des policiers. Ils viennent de publier plusieurs enquêtes qui contredisent le rapport d’Israël Nisand sur la remontée des IVG et l’impact du porno chez les mineurs. Yaëlle Amsellem-Mainguy, qui a dirigé ces recherches, nous dit : « Les adolescents regardent finalement assez peu de porno. La grosse consommation vient avec l’âge adulte, chez les 25-34 ans et plus. Le porno, c’est pour les vieux ». Sur la liaison porno-violence, la sociologue pense que policiers et psychologues praticiens ont une vision déformée de la jeunesse : « Ils ne voient que des jeunes à problèmes, ou pris dans des faits-divers. Ce n’est pas représentatif. Et puis, le porno n’est pas du tout la principale source d’éducation sexuelle des jeunes. Pour les choses sérieuses, le sida, la grossesse, ils se renseignent auprès des proches, sur Doctissimo, les chats, les sites féminins… » Quant à la perversion de la jeunesse par le porno, elle en doute fort : « En fait, le premier rapport, l’histoire d’amour, reste la grande aventure de l’adolescence. Elle est toujours, en moyenne, à 17 ans et demi.»

 Tout comme Michel Bozon, le sociologue qui a co-dirigé la grande enquête sur la sexualité de 2008 (Ed. La découverte), les enquêteurs de l’Injep parlent d’une « panique morale des parents ». Depuis les années 1950, l’apparition d’une culture teen-ager souvent rebelle, l’arrivée de la contraception, la multiplication d’aventures avant le mariage, effraie des adultes. Ils craignent de perdre tout contrôle sur l’éducation de leurs enfants, les voir gâcher leur vie, se droguer, partir sur les routes, etc. Ces craintes ont redoublé avec l’arrivée de mouvements musicaux comme le rock’n’roll - l’effroi devant «Elvis the Pelvis» en jeans moulant rappelle celui devant Lady Gaga -, puis la pop music - les Rolling Stones chantant «Let’s spend the night together», David Bowie et sa bisexualité, etc -, sans oublier les mouvements hippies et punk prônant la liberté sexuelle, « la route », et l’usage de stupéfiants. Aujourd’hui, nous assistons aux mêmes réactions inquiètes face à aux jeunes stars féminines, une sexualité indépendante, Internet, les jeux vidéos, les réseaux sociaux - et le porno (sans oublier qu'un porno d'avant-garde, féministe, artistique, queer existe, et que certains réalisateurs voudraient en finir avec le ixage du cinéma : il n' y pas de ixage en littérature !). Cette angoisse va de pair avec l’obsolescence rapide des métiers, des techniques, des savoir-faire, le fait que les jeunes générations sont à la pointe d'une révolution numérique qui bouleverse la société, une accélération qui atteint jusqu'à certaines grandes idées et valeurs, transforme les pratiques amoureuses, la relation aux autres, ouvre un avenir difficile à prévoir. Tout cela mène les parents, confrontés à une perte de savoir et de compréhension, à s’interroger sur ce qu’ils doivent, et peuvent encore transmettre - sur leur rôle. Yaëlle Amsellem-Mainguy ironise : « Les adultes ne devraient pas tant s’alarmer. Les jeunes se protègent à 90% quand ils rencontrent quelqu’un. Ils utilisent la contraception. La génération de Mr Nisand prenait moins de précautions ! Sexuellement, les adolescents se prennent en main. C’est peut-être cela qui inquiète ?»

Voir aussi : Les ados, le porno et la panique morale des parents

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