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A la decouverte de ma couchette, un brusque decouragement me saisit. Oh non merde! là c'est trop. Je m'étais pourtant promis de ne plus m'imposer ce genre d'équipée sauvage, jugeant que j'avais passé l'âge de ces conneries, sans pour autant partir au club med.
Devant moi un baraquement surchauffé posé sur le pont ,où sont alignés un trentaine de bas flancs superposés, devant lesquel, les marins de la Bounty auraient sûrement fait les chochottes! Les lieux sont déjà tous occupés par les cafards qui visiblement se la coulent douce en se prelassant sur les matelas de sky, noir de crasse.
Je découvre alors avec stuppeur que je vais partager mon logis et mes nuits avec tout l'équipage, une dizaine de malabars aux faciès de tueur, tatoués des pieds à la tête, et ne parlant que par grognements. Doux jésus! qu'allais je encore faire en cette galère. On se devisage les uns les autres, un peu gênés, eux semblant se demander ce qu'une popa'a apparamment saine d'esprit peut bien faire là et moi cherchant du coin de l'oeil la couchette pouvant m'offrir un semblant d'intimité. Je me prépare un petit nid, me calfeutre avec tout ce que je trouve et au prix d'une asphyxie prononcée ,me fabrique une banette bien close, si tant est qu'un paréo transparant soit une barrière efficace en la matière. L'oeil indiscret et l'air ne passent plus, les odeurs si. J'ai ainsi l'impression de m'installer dans la cuvette d'un chiot après le passage d'une bordée de marins bretons fêtant la quille!
Dans un tremblement de vieillard asthmatique, le cargo s'ébranle enfin , son gros museau renifle et trouve la passe comme un toutou épris de liberté, le lagon nous ouvre ses portes, l'océan est devant nous! Cinq jours a passer dans le bruit infernal des moteurs, les odeurs qui se telescopent, la crasse qui me rhabillent jour après jour.
Des le lendemain la glace est rompue avec mes matelots , il ne faisait aucun doute que sous leur mine de guerrier maori se cachaient des coeurs de chamallow battant à l'unisson. Tous se bousculent pour me proposer un fruit , un gateau, un sourire, un moment à partager, où ils veulent savoir ou je vais, ce que je fais, si j'ai un mari... Je rentre dans une espece de lethargie bienheureuse, les heures s'egrennent au compte goutte. Rien, il ne se passe rien, hormis la nature qui pulse autour de moi, sa majeste la mer a repris ses droits, bien peu de choses pour vous interpeller si ce n'est l'envol de l'exocet affolé par les flancs du navire, drole d'animal hesitant entre le poisson et l'oiseau et qui a choisi d'être les deux! Le soleil qui me pourchasse d'un bord a l'autre et se rit de me deloger ainsi, le grain de passage qui fait fumer la tôle surchauffée, tout cela rempli une journée l'air de rien, sans y paraître.
Je partage mes repas avec tous à la cantine , où je grignotte mes tartines de miel tandis qu'eux s'envoient des steaks de mammouth ensevelis sous des frites smayo dés 9 heures du matin. Le cuistot qui doit bien peser ses 120 KG m'a pris en affection et semble consterné devant mon appetit de moineau, je n'ose lui dire que je n'ai pas les moyens de m'offrir un repas par jour au resto , il me propose sans cesse des doses de nourritures pour balaineau affamé!
Ainsi passent 5 jours qui en paraissent 10, et se perdent dans les couloirs du temps. La fin de la route n'est plus très loin , c'est heureux car assourdie par le vacarme ininterrompu, j'ai l'impression d'avoir passé mes nuits dans le gros bourdon de Notre Dame. Nul doute que je vais me transformer en quasimodo si l'aventure dure trop longtemps;
Et puis un matin Raivavae couronne l'horizon, elle passe pour une des plus belles iles de polynésie et moi du haut du pont je vote pour.! Un lagon a vous damner, un petit piton rocheux serein et contemplatif, une colline avec sa crête de cocotiers bien droite comme les écailles sur le dos d'un stégosaure, je sens que je vais me plaire ici!
Me voilà arrivée, sale comme un bougnat, épuisée, a moitié sourde, mais heureuse!