Connexion    
S'INSCRIRE - Mot de passe oublié?

ESPRITS LIBRES

VOTRE MAGAZINE D'INFORMATION
Moteur
Recommandations



Compteur
Depuis 24h : 5496 Lectures

Depuis 1 semaine : 23875 Lectures

Depuis 1 an: 36043877 Lect.
» IDEOZ GUIDE VOYAGE EUROPE: Préparez vos vacances et découvrez plus de 100 destinations!


[ARTS, EXPOS et MUSEES] : Le cri de désespoir d'un artiste de rue à Florence ?
Posté par Paul Villach le 26/12/2011 13:20:00 (390 lectures) Articles du même auteur

Que restera-t-il dans cent ans de l'art appelé aujourd'hui contemporain ? Qu'adviendra-t-il de toutes ces croûtes et de ces bric-à-brac qui encombrent aujourd'hui les musées dits d'art moderne ? On se posait la question cet été de Vienne à Rome en passant par Venise et Florence. ...




Que restera-t-il dans cent ans de l’art appelé aujourd’hui contemporain ? Qu'adviendra-t-il de toutes ces croûtes et de ces bric-à-brac qui encombrent aujourd’hui les musées dits d’art moderne ? On se posait la question cet été de Vienne à Rome en passant par Venise et Florence.

De l’ironie à l’indignation

L’heure n’est plus à l’ironie quand on voit le Kunsthistorisches Museum de Vienne bousculer ces collections ou les masquer pour exhiber les barbouillages d’un Jan Fabre (1). Elle ne l’est pas davantage à Venise où l’Église d’Andrea Palladio, San Giorgio, offre sa nef aux tuyauteries d’un Anish Kapoor (2), et où le milliardaire Pinault expose devant le Palazzo Grassi sur le Canal Grande ses charognes en ferraille et, à la pointe de la Dogana, devant un des plus beaux panoramas urbains du monde, ce grand baigneur blanc circoncis brandissant un crapaud par la patte, sous l’œil d’un vigile affectés à sa sauvegarde.

Car c’est l’indignation que redoutent ces barbares de la part du public qu’ils ne parviennent pas à circonvenir par les leurres de l’argument d’autorité et de la pression du groupe . Il ne suffit plus de hausser les épaules et de se dire que l’artiste que retient la postérité, est rarement celui qui a joui en son temps des faveurs des pouvoirs, comme le montre le cas de Van Gogh  : qui voulait, en effet, de ses toiles quand il avait tant besoin de les vendre pour vivre ? Il n’en aurait vendu qu’une durant sa vie. Or, aujourd’hui, la moindre d’entre elles mise aux enchères vaut une fortune !

L’inculture des élites d’aujourd’hui ?

Il fut un temps pourtant où les artistes officiels, appelés à leurs côtés par les pouvoirs civils ou religieux pour magnifier leur majesté, rivalisaient d’excellence. Ils avaient beau être aux services de leurs mécènes, leur art ne paraissait pas souffrir de cette proximité corruptrice.

Qui contesterait Michel-Ange, le sculpteur de « Moïse », le peintre de « La Chapelle Sixtine » et l’architecte de la coupole de Saint Pierre de Rome ou de la place du Capitole ? Le Tintoret est-il moins performant quand il peint « Le Paradis » dans la Salle du Grand Conseil au Palais des Doges à Venise ? Et les toiles du Titien, de Véronèse et de tant d’autres, qui ont servi les grandes familles vénitiennes et les corps ecclésiastiques, ne sont-elles plus toujours aussi géniales quatre siècles après ? Et Gian Lorenzo Bernini, qu’il sculpte « Apollon et Daphné » (4), qu’il compose une fontaine comme « Les Quatres fleuves », place Navona à Rome, ou édifie une église comme Saint-André-au-Quirinal, n’a-t-il laissé après lui que des oeuvres sans intérêt ?

D’où vient qu’aujourd’hui les artistes prisés par le marché ou choyés par les pouvoirs, genre Buren avec ses colonnes pour zèbres qui défigurent une cour du Palais Royal à Paris, ne peuvent être comparés à leurs prétendus pairs des siècles passés ? Serait-ce l’inculture des élites politiques d’aujourd’hui en regard du goût raffiné des aristocraties d’autrefois ? Un marchand milliardaire n’aurait-il d’yeux que pour ce qui se vend, et resterait-il indifférent à tout ce qui saisit, charme et nourrit l’esprit ?

Le cri de désespoir d’un artiste de rue ?

Au hasard d’une promenade dans les rues de Florence en août, on se posait ces questions à la vue d’un artiste accroupi peignant à la craie à même les dalles grises de poussière (voir photo ci-contre). Qu’avait-il choisi d’offrir aux passants pour les enchanter ? Non pas un Picasso dont pas moins de sept musées se disputent les produits, mais un Vermeer et un Leonardo da Vinci.

Impossible de ne pas les reconnaître ! Ici « La jeune fille à la perle » dont luit la boucle au lobe de l’oreille quand elle tourne la tête, là, « Mona Lisa » que l’artiste achevait de faire sourire. Tandis que des ponts d’or sont offerts à des barbouilleurs de croûte, voici qu’un artiste de rue couchait sur les dalles sales de la rue deux symboles les plus achevés de la peinture européenne. N’était-ce pas un cri de désespoir qui montait des dalles elles mêmes pour prendre les passants à témoins ? Voyez, croyait on entendre, où en est réduit un peintre d’aujourd’hui rompu aux techniques de la peinture des plus grands maîtres européens quand les Jan Fabre, Anish Kapoor et autres protégés des marchands à la Pinault peuplent désormais les musées ? Paul Villach 

(1) Paul Villach, « Les barbares dans la cité (I) – Jan Fabre au Kuntshistorischesmuseum à Vienne  », AgoraVox, 9 août 2011

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-barbares-dans-la-cite-i-jan-98748

(2) Paul Villach, « Les barbares dans la cité (II) - « Ascension » d’Anish Kapoor, sous la coupole de San Giorgio à Venise  », AgoraVox, 10 août 2011

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-barbares-dans-la-cite-ii-98805

(3) Paul Villach, « Les barbares dans la cité (III) – Les produits d’appel du milliardaire Pinault, marchand de Venise.  », AgoraVox, 11 août 2011

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-barbares-dans-la-cite-iii-les-98860

(4) Paul Villach,

« L’art abstrait et l’affliction collective des Nord-Coréens  », AgoraVox, 22 décembre 2011.

« À Rome, « Apollon et Daphné », une œuvre du Bernin à couper le souffle », AgoraVox, 13 septembre 2010.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/a-rome-apollon-et-daphne-une-81158

 

Article publié à l'origine sur Agoravox
Note: 0.00 (0 votes) - Merci de NOTER : Intéressant / Sans intérêt? -


Les commentaires appartiennent à leurs auteurs. Nous ne sommes pas responsables de leur contenu.
Auteur Conversation



Autres articles
20/5/2013 5:50:00 - Nature nourricière de Polynésie
20/5/2013 4:19:46 - The Invention of Lying ; un film faiblard et un plaisir coupable
20/5/2013 2:40:00 - Cécile Kyenge, une ministre aux prises avec le racisme en Italie
20/5/2013 2:10:00 - Gratin de pommes de terre aux oeufs et à la béchamel selon Cyril Lignac
20/5/2013 2:00:00 - Syncope blanche de Kurt Steiner : un petit roman simple et efficace
19/5/2013 23:50:00 - Des fois, le foie manque de foi
19/5/2013 21:40:00 - Le Corbusier et New York
19/5/2013 20:30:00 - Un Jour... Un Auteur... Marie NDiaye...
19/5/2013 19:30:00 - Once Upon A Time [2x 22]
19/5/2013 15:40:00 - Les dents de la vieille
19/5/2013 11:40:00 - Mary and Max ; un authentique bijou d'animation
19/5/2013 11:00:00 - Pain d'épices perdu et glace au yaourt (sans crème)
19/5/2013 10:30:00 - Les élèves français malades des maths...
19/5/2013 9:10:00 - Brèves petrolières de Mai 2013
19/5/2013 3:10:31 - Les Confessions particulières de Pénélope Timiste : mélancolie de fin d'automne
19/5/2013 2:50:00 - Cette belle idée du courage de Ségolène Royal : un livre de résilience
19/5/2013 1:00:00 - Les « Brèves de chats » de Monique Neubourg
18/5/2013 23:10:00 - L’atome vert : le thorium
18/5/2013 23:02:11 - L'Ecume des jours de Michel Gondry ; un film pour ne pas dire grand chose!
18/5/2013 21:39:45 - Welcome to the Punch de Eran Creevy ; un film mineur