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Le sel de la terre : nourrir les hommes : le plus beau métier du monde ?

Publié par Agnès Maillard le 16/06/2011 15:20:00 (559 lectures) Articles du même auteur

Et si nourrir les hommes (et les femmes, hein !) était le plus beau métier du monde ?

Il y a bien longtemps que je ne passe plus par cette petite route, mais comme ils viennent de regoudronner une autre portion de voirie et que mon vélo a déjà crevé ce matin, je décide de tourner vers ces coteaux paysans qui abritent jalousement des vues campagnardes bouleversantes.






Et si nourrir les hommes (et les femmes, hein !) était le plus beau métier du monde ?

BucoliqueIl y a bien longtemps que je ne passe plus par cette petite route, mais comme ils viennent de regoudronner une autre portion de voirie et que mon vélo a déjà crevé ce matin, je décide de tourner vers ces coteaux paysans qui abritent jalousement des vues campagnardes bouleversantes. La journée est presque idéale pour pédaler. Il fait bon, mais pas chaud. De petits nuages moutonnants texturent le ciel immense du juin. Les boules noires et plastifiées des ensilages en plein champ exhalent le parfum brut et enivrant d'un Spéculoos trempé dans un godet de prunes à l'Armagnac. J'ai quadrillé la Gascogne de parcours vélocipédiques intimes et discrets, à l'abri de la circulation agressive des grosses départementales accidentogènes. Je peux, parfois, rouler plus d'une heure entièrement seule, sans croiser âme qui vive, seulement accompagnée par les piaillements des oiseaux et le souffle tendre du vent dans les arbres. C'est là quelque part un grand luxe que j'échange pourtant bien volontiers lorsqu'un ami cycliste m’entraîne dans sa roue vers de nouveaux paysages, des histoires inédites.

C'est un paysan que je croise, à l'occasion, depuis quelques années. Comme je passe devant sa maison, je décide de lui rendre une petite visite de courtoisie. Je suis accueillie dans la cour de ferme par un concert d'aboiements rageurs qui ne couvrent pourtant totalement le grand silence qui s'écoule des battants grands ouverts de l'étable moderne qui en délimite le fond. Au loin, de l'autre côté de la route, un tracteur se presse mollement pour venir à ma rencontre. C'est le paysan qui m'a vue de loin garer mon vélo sur la propriété et qui ne m'a manifestement pas encore remise. Il faut bien dire que je tiens une bonne forme, dans tous les sens du terme, et qu'il m'a connue... plus trapue.
  • Vous êtes en vacances, en ce moment ? J'ai vu que l'étable était vide.
Je ne sais pas s'il a toujours été éleveur de bovins, je sais juste qu'à moment donné, il a abdiqué quelque chose de son indépendance de paysan en échange d'un salaire fixe et de vacances régulières. C'est que l'élevage, c'est autrement plus contraignant que de faire pousser à tire-larigot ce soiffard de maïs : chaque jour, matin et soir, les bêtes ont besoin de soins. Chaque jour, il faut se démerder pour leur trouver à bouffer, les soigner, sans compter les nuits à sortir des veaux à l'arrache de matrices fatiguées, sans compter la traite, quand on ne se contente pas de faire de la viande. C'est plus qu'un métier, c'est un sacerdoce. C'est un peu pour cela, mais pas seulement, que l'élevage recule sans cesse dans le Gers, dépouillant les vertes collines de Gascogne de leurs bucoliques chapelets de ruminants.
À moment donné, notre paysan a préféré laisser tomber les conneries et est devenu salarié-sous-traitant d'un grand groupe à viande.

Le principe est simple : la grosse boiboite lui livre un lot de petits veaux avec leurs sacs de nourriture. Le paysan les parque dans des hangars-étables dont les animaux ne sortiront pas de tout leur séjour et se contente de les engraisser en leur filant la nourriture livrée avec les bestiaux. Ça simplifie déjà nettement la tâche : pas besoin de pâturages pour les animaux, de leur courir après dans les prairies, de les rassembler dans les stabulations ou de se faire chier à trouver du fourrage qui coûte un bras quand l'herbe pousse mal ou se fait rare. Je ne critique pas, je comprends la démarche : tu réceptionnes des veaux que tu ne connais pas, tu les engraisses un certain moment avec des aliments dont tu ignores tout, probablement le temps de devenir certifié VF, élevage à la ferme, et on revient t'embarquer les bestiaux pour une destination dont tu le bats les steaks, en échange d'un salaire prédéterminé et sachant que tu peux partir en vacances entre deux livraisons. Que demande le peuple agricole de plus, je vous le demande ?
C'est juste que ces veaux, c'est typiquement le genre de viande que le paysan ne servira jamais à bouffer à sa table.
  • En fait, non. J'ai arrêté.
  • Tu as arrêté les veaux ? Tu fais quoi à la place ?
  • Rien, j'ai arrêté, j'ai pris ma retraite.
  • Déjà ? Je croyais pourtant que cette organisation t'allait bien, non ?
  • Oui. C’est juste qu'il y a quelque temps, on m'a expliqué que mes installations n'étaient plus aux normes. Qu'il fallait que je refasse les étables entièrement ! Et là, je me suis dit que j'allais arrêter les conneries et surtout pas me coller 30 patates de crédit sur le dos à mon âge. Le plus simple, c'était d'arrêter.
Je me retourne vers les bâtiments désormais déserts. Ils ont quoi ? 10 ans ? 15 ans, maxi. On les croirait sortis de terre de la veille. Je trouve ça un peu furieusement con d'obliger à tout refaire. Pour une histoire de normes. Les bâtiments avaient déjà été construits en fonction des normes précédentes. Lesquelles, donc, voulaient dire quelque chose, je suppose. Et il n'y aurait pas eu mort d'homme à continuer de même. Mais voilà, il y a les normes. Celles qui, tombant de Bruxelles, autorisent généralement les élevages industriels à caser encore plus de bêtes au mètre carré. Parce qu'il faut produire. Toujours plus. Toujours moins cher. Parce qu'il faut nourrir, non pas les estomacs des affamés de la terre, mais l'appétit sans limites des ogres de la finance et de la profitation.

C'est un peu partout pareil. Dans le coin, il y a aussi du canard. Beaucoup. Ben oui, le magret et le foie gras que l'on déverse par tonnes dans les rayonnages festifs et gourmands un peu partout dans le monde, faut bien les prélever quelque part et c'est sur une véritable armée de canards que cela se fait. Là aussi, l'élevage paysan a fait place à la rationalité en intégration verticale. De longs et bas bâtiments de tôle vaguement climatisés ont poussé un peu partout dans la cambrousse, comme des cèpes après une pluie d'orage. Je les sens avant de les voir. Je les appelle en mon for intérieur les stalags 13. Univers concentrationnaire ovipare à ras des pâquerettes. Que l'on remplit à la gueule de poussins fraîchement éclos et livrés par palettes entières. Pour l'engraissage. Et le label. Important, le label. C'est d'ailleurs pour ça que les bâtiments ont de petits portails creusés à chaque extrémité : pour que les palmipèdes puissent se traîner à la lumière du jour dans l'interstice boueux qui sépare chaque bâtiment. Élevés en plein air, élevés en plein Gers... mais aussi mal lotis que la plupart de leurs autres collègues à plumes. Toute cette promiscuité volaillère produit des tonnes de fientes dont l'odeur âcre me prend à la gorge bien avant que je sois sur l'exploitation. Ça ne sent même pas la merde. Ça sent la mort, la maladie, la décomposition. Les jours de grandes chaleurs, les côtés des grands bâtiments en tôle se soulèvent un peu pour faire circuler l'air que de grands ventilos peinent à brasser et ce souffle fétide me cueille en plein effort, me brûle les poumons à force de me retenir de vomir. Les élevages de poulets sont du même acabit et puent à peine un peu moins.
Là aussi, c'est de l'élevage d'exportation. Les producteurs-ouvriers, entièrement soumis aux diktats de leurs superviseurs, ont souvent aussi une basse-cour, à part, à l'ancienne. Pas de rationalité. Pas de normes européennes changeantes. Juste des barbaries, les canards dont la viande est fabuleuse, qui gambadent à leur guise et prennent l'ombre sous les figuiers dont ils gobent les fruits à l'occasion. C'est ceux-là qu'on bouffe. Pas les autres. Pas les prisonniers des stalags bien aux normes.
  • Oui, logique. Mais avec quoi tu vis maintenant ?
  • Ben ma retraite MSA et comme famille d'accueil.
  • Ça te fait combien, la retraite agricole ?
  • 410 €/mois, pour 40 ans de boulot. Ça fait envie, hein ?
  • Et ta femme ?
  • 180 €/mois, conjointe d'exploitant !
  • Putain, c'est pas lourd. Et quand tu vas claquer ?
Ma question est tellement pertinente qu'il ne la trouve même pas abrupte dans sa formulation. Dans le coin, les femmes vivent nettement plus longtemps que les hommes, ils ne peuvent pas lutter sur ce terrain-là. Même si tu la prends jeune, elle passe facilement 20 ans de sa vie comme veuve, c'est comme ça. Faut dire qu'avec tous les produits à la con que les agriculteurs modernes manipulent à longueur de temps sans savoir ce que c'est, ils ont tendance à ne pas avoir une espérance de vie aussi extraordinaire qu'on pourrait le penser.
  • Tu comptes : 180 €/mois plus la moitié de ma retraite, ça lui fera 395 €/mois.
  • C'est nettement moins que le minimum vieillesse.
  • Oui, c'est même moins que le RMI. Pour une vie de travail.
  • Et tes terres, tu vas en faire quoi ?
  • Il y a déjà du monde intéressé. Tout autour, ça a été racheté. Par un gros. Il veut aussi les miennes. Je pense que je vais aussi lui vendre.
Concentrations. Des terres. Des animaux. Des profits. Des ressources. Dans de moins en moins de mains. Je balaye du regard ce magnifique paysage encore tout de bocages et promis à un remembrement financier et mortifère.
Manière, a-t-il vraiment le choix ? A-t-il déjà eu le choix ?

Il aurait pu produire de la viande de qualité, comme un résistant, comme ce paysan savoyard entraperçu l'autre soir dans un reportage de Arthus-Bertrand. Un vieux de la vieille. À qui on ne la fait plus. Les bacchantes grises érigées vers le ciel comme un ultime et dérisoire défi, le mec a laissé tomber les conneries productivistes pour recommencer à faire de l'Abondance. Dans des alpages de carte postale. L'Abondance est à la vache ce que Marilyn Monroe était à la femme : sa plus belle expression, une sorte de fantasme incarné.

Quand j'étais jeune, à moment donné, il a fallu faire du maïs. Partout, on ne parlait plus que de ça : le maïs, le maïs, le maïs. Tous les paysans du coin se sont mis au maïs. On n'avait pas de raison de se méfier. Un soir, ma mère de 82 ans rentre à la ferme et me dit : pourquoi tu ne fais pas de maïs ? Tout le monde fait du maïs. Toi qui es moderne, tu devrais faire du maïs.

Moi qui étais chez mon paysan l'après-midi même et qui suis originaire de la région du vieux moustachu, je suis soufflée : le maïs est une plante tropicale qui a donc besoin de beaucoup de chaleur et d'eau, une plante déjà pas adaptée au grand Sud-Ouest, dont elle accapare tout le réseau hydrographique jusqu'à le mettre à genou dès le printemps, mais c'est encore moins une céréale de montagne.

Bon, la première année, ça a donné. Pas terrible, mais ça a donné. L'année suivante, ça a été catastrophique. Et là : les pépettes. Tous ceux qui avaient planté le maïs, ils ont touché les pépettes. Et pendant 30 ans, ça a duré comme ça : une année sur deux, hop, les pépettes ! Pour les vaches, y n'en avait pas. Y en avait que pour le maïs. Avec lequel on nourrissait les vaches. Sauf que le maïs, c'est pas prévu pour nourrir les vaches. Il manque des protéines. Lesquelles sont dans le soja. Qu'on ne produisait pas, mais qu'on importait des États-Unis. Alors que les vaches, c'est fait pour manger de l'herbe. C'est quand même bien fait, non ?


Des normes, des paysans, des injonctions, des vaches élevées hors-sol avec des aliments coûteux et pas adaptés. Et des pépettes. Plein de pépettes. Sauf pour les paysans.
D'ailleurs, bientôt, on va changer les normes. Encore. Pour redonner des farines animales à manger aux animaux d'élevage.
Logique.
Rationnel.
Mais ça dépend pour qui.




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