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Jean-Michel Hulin cherche a explorer les questions du désir, de la sensualité et de la sexualité, effleure la notion de perversité, mais livre un film sans qualité, qui n’ose jamais aller aussi loin qu’il en rêverait. Le réalisateur embarque son ingénue Alice dans le monde merveilleux d’une sexualité à l’écart des standards basiques, mais il offre une vision naïve de ce qu’il représente.
La relation entre l’élève brillant et la jolie professeur (Alice n’est pas avare de poncifs) n’est pas voilée du moindre embarras moral. Soit, on pourrait en prendre partie, sauf que la normalisation du rapport ne fonctionne pas non plus. La manipulation facile dont fait l’objet Alice reste très douce et peu convaincante. La découverte des plaisirs sado-maso est bien trop sage pour paraitre crédible. L’actrice s’investit dans son rôle, se sacrifie, se met à nue, mais le réalisateur n’ose jamais profiter de son autorité pour aller jusqu’au bout de ses intentions.
Cela dit, ca n’en aurait certainement pas valu la peine, tant absolument tout est raté dans Alice, ou les désirs. Comment le réalisateur peut-il garder au montage cette sortie de table en forme de figure de patinage artistique qui ne peut que provoquer étonnement, rire, sinon consternation ? Cette image là est à la conclusion d’une séquence surréaliste, entrevue dans la bande-annonce déjà culte d’un film qui correspond très exactement à ce qui y est entrevu. Ainsi, l’incroyable scène de dîner entre amis, ou un couple se dispute sous fond de blind test musique classique (enregistrements cheap et assez désastreux pour les oreilles….). On rit de bon coeur, faute de comprendre l’intention dissimulée par le cinéaste puisqu’il a voulu cette séquence, l’a écrite, l’a monté etc, sans se rendre compte jamais de sa portée ridicule.
Cette séquence, quasi inaugurale, est emblématique de toutes les autres. Il y a notamment ce long plan-séquence ou Alice se retrouve sous l’emprise de ses maîtres à l’intérieur de sa salle de classe. On devine la volonté d’Hulin d’instaurer un malaise, mais il est tellement timide dans sa démarche que l’on y croit pas, que l’inconfort est gommé d’emblée par l’extrême lourdeur de la représentation. En point d’orgue de la séquence, véritable climax même, Alice se fait baisée en levrette sur son bureau par son élève, lequel ne prend pas la peine de retirer son pantalon, ni ne descend sa braguette. Le tout étant filmé en plan-séquence, c’est autant ostensible que stupide (pour ne pas dire ridicule encore).
On en passe des pires et des meilleurs, car tous les éléments qui constituent le film (lumière, décor, etc.) sont au même niveau. Les dialogues sont sur-écrits et constamment risibles. Les acteurs récitent mais incarnent peu. Pauvre Caroline Mercier, pas aidée par ces dialogues et qui ne sait pas quoi en faire. Pauvre Caroline Mercier, qui est une très, très belle femme – on s’en rend compte lorsqu’elle est nue – mais qui est filmée comme un sac de pommes de terre. L’ambition érotique de Hulin se traduit par une incapacité absolue à le faire ressentir.
Le réalisateur fait preuve d’un manque de goût incroyable pour habiller son actrice, avec des choix que parfois on ne comprend pas : sous-vêtements noirs/chaussures rouges puis sous-vêtements rouges/chaussures noires ? Le rouge et le noir, c’est ça l’idée ? Aie, aie, aie. Hulin ne réalise jamais que tout ce qu’il essaye rate, qu’il vise à côté. Il est grotesque, comme cette scène de viol incroyable ou Alice découvre malgré elle la sodomie, ou alors, dans un autre registre, la danse finale ou Caroline Mercier, en roue-libre, se fait plaisir en s’auto-chorégraphiant sans imagination et sans que cela ne colle avec la musique. La chanson en question, c’est I wanna be youg dog, dans une réinterprétation du tube des Stooges. Hulin à de la suite dans les idées… plus premier degré littéral, tu meurs.
L’extrême incompétence de Hulin (il faut le voir pour le croire) finit pourtant pas susciter presque un sentiment de sympathie pour le film. La somme de défaut répertoriés à la minute fait que l’on rit beaucoup, même si malgré les intentions du réalisateur. Même les spectateurs les plus sérieux dans la salle ont finit par se laisser aller à quelques éclats de rire moqueur. Finalement pourtant, grâce à tous les amateurs de nanars, grâce à tous ceux qui trouvent leurs plaisirs dans les ratés et les insuffisances de ceux qui font, Alice ou les désirs restera comme un objet de curiosité et aura au moins la chance de ne pas disparaitre complètement dans l’oubli comme la quantité de films insipides qui sortent chaque semaine. C’est peut-être paradoxal et mesquin, mais c’est ainsi. Alice ou les désirs à d’ailleurs déjà droit à une magnifique chronique sur Nanarland. Cette place privilégiée, ce sera la seule consécration de Jean-Michel Hulin, lequel ferait bien d’abandonner le cinéma tout de suite plutôt que de se compromettre davantage avec la suite de ce qu’il espère être une trilogie, un projet qui laisse songeur…
Benoît Thevenin
Alice, ou les désirs - Note pour ce film :
Réalisé par Jean-Michel Hulin
Avec Caroline Mercier, Cécile Calvet, Axel Zeppegno, Jean Fornerod, Guillaume Zublena, Bruno Henry, Emmanuel Dabbous, Ariane Andrieux.
Année de production : 2009
Sortie française le 24 février 2010













