
Johnnie Aysgarth (Cary Grant) et Lina McLaidlaw (Joan Fontaine) se rencontrent par hasard dans un train. Coureurs de jupons invétéré, il réussit à conquérir le coeur de la très sérieuse Lina, pourtant choqué par son comportement plus que léger, au simple motif que toutes les autres femmes le veulent. Lina n’est pas très au fait des choses de l’amour, mais si les filles qui approchent Johnnie sont à ce point séduites, c’est que le bonhomme doit être un bon parti. Un peu malgré elle, contre l’avis de ses parents, Lina épouse Johnnie mais se retrouve soudain face à ses contradictions…
Lina découvre que Johnnie est sans aucune ressource, un oisif qui ne pense qu’à jouer et qui n’entretient aucun sens des responsabilité. Elle en déduit qu’il ne l’a séduite et épousé que pour son argent, elle la fille de bonne famille que sans doute aucun garçon n’a jamais vraiment regardé auparavant. Lina soupçonne bientôt son mari de vouloir l’assassiner, d’autant qu’il est lié à une auteure de polar qui lui fournit quelques idées macabres, mais reste dans la complète fascination du personnage.

Tout le film se construit selon le point de vue de Lina et sur ce sentiment d’ambiguïté. Johnnie est-il le meurtrier machiavélique que Lina l’imagine être ? Hitchcock est assez habile pour maintenir toujours le doute, justement parce que l’affaire est entrevue selon le regard de Lina, mais aussi parce que de nombreux détails viennent innocenter le comportement de Johnnie. Lina remet en question la moindre action de son époux, lequel n’est effectivement pas un modèle de mari et cache même quelques secrets peu glorieux. De là à en faire un coupable en puissance, il n’y a donc qu’un pas.
Avec cette histoire, Hitchcock explore la thématique qui lui est précieuse du faux coupable, assez récurrente dans son oeuvre et qui révèle une obsession du cinéaste que l’on savait très méfiant vis à vis de la police et de la justice.

Soupçons réunit Joan Fontaine, dont Hitchcock avait fait sa Rebecca quelques années auparavant, et Cary Grant qu’il dirige ici pour la première fois. L’acteur était déjà une star, que l’on avait alors déjà vu chez Hawks (L’Impossible Monsieur Bébé, Seul les anges ont des ailes, La Dame du Vendredi) ou encore Indiscrétions de Cukor. Or, Hitchcock savait bien qu’il était impossible de faire jouer à une star le rôle d’un meurtrier, idée à laquelle il s’était déjà heurté avec The Lodger et Ivor Novello en 1928.
Le public n’accepterait pas que Grant soit véritablement un assassin dans Soupçons… mais celà n’empêcha pas Hitchcock d’imaginer quand même le contraire et de tourner deux fins ! Du reste, le film est une adaptation d’un roman dans lequel la conclusion bascule effectivement de l’autre côté de celle finalement choisie par le cinéaste. Le sentiment d’ambiguité est en tout cas maintenu jusqu’à l’ultime séquence du film, avec en point d’orgue – quelque temps avant – la célèbre séquence du vert de lait, laquelle trouvera un écho dans Les Amants du Capricorne qu’Hitchcock réalisera une dizaine d’années plus tard.
Benoît Thevenin
Soupçons - Note pour ce film :
Réalisé par Alfred Hitchcock
Avec Cary Grant, Joan Fontaine, Nigel Bruce, Cedric Hardwicke, Leo G. Carroll, …
Année de production : 1941












