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[ARTS, EXPOS et MUSEES] : L’Art charnel au XXIe siècle
Posté par demian west le 23/10/2007 13:20:00 (939 lectures) Articles du même auteur

Dans les années 60, l’art féministe s’est développé aux Etats-Unis sur le mode contestataire. En effet, il s’agissait de reprendre les clichés qui ferraient les femmes dans leurs rôles sensiblement dévoués à la société dominante des mâles. Reconnaissons-le puisque c’est si évident. Dans le même temps, la libération sexuelle a su émanciper les femmes de leur rôle le plus manifeste et biologique lié à la reproduction de l’homme soi-même et de la femme par aventure.





En face, la société dominante des mâles sut répliquer certes virilement, mais sur un mode politique des états d’urgence. Car il fallait préserver le magasin de leurs privilèges résiduels. Par ailleurs, il y eut d’autres confrontations résolument affirmées sur le mode du dénigrement banalisé des féministes. C’est pourquoi l’image du féminisme semble avoir été explicitement pervertie par ce harcèlement médiatique constant et passé comme au compresseur des rouleurs de mécaniques.

C’est pourquoi l’art féministe et le féminisme semblent, aujourd’hui, réservés à des zones du gynécée assez périphériques, dans notre société fixe et ferme dans ses bottes.

Pourtant, il est des femmes qui se sont inscrites dans des expériences de femmes qui ont pour champ d’expression les pratiques corporelles. Le body art de Gina Pane consistait à se mettre en danger en des performances vécues aux limites des capacités du corps. Et la souffrance était alors un vecteur fondamental, qui se savait exprimer les contraintes - pour ne pas dire les souffrances - que la femme vivait dans la société des hommes. Gina Pane alla jusqu’au bout, et à un tel degré suicidaire qu’elle n’en est plus revenue en sorte de modèle à suivre. A tout le moins, si les femmes voulaient étendre un tant soit peu leur royaume, comme il convient.

D’une certaine façon, le body art de Gina Pane n’est pas sans lien avec le body art cinématographié d’une Marylin Monroe, qui en a subi les conséquences définitives. En tant que Vénus Pandemos du nouvel Empire, elle suscitait tant de désirs pulsionnels qu’elle fut comme sacrifiée aux satisfactions des mâles, sinon des Kennedy les plus puissants et des masses américaines et mondiales. Plus récemment et en cette date anniversaire du souvenir du drame people du Pont-de-l’Alma, le destin mirifique et tragique de lady Diana semble la conséquence sacrificielle de notre monde voué à la dévoration par le biais des mâchoires de la libido, qui pressent derrière les personnalités de surface.

Dans l’Antiquité, la Vénus Pandemos était traditionnellement opposée à la Vénus Ouranienne qui tient plus de la muse inspiratrice des arts et des artistes comme des hommes politiques. Le dictionnaire Le Littré dit que l’égérie sait influencer et l’homme politique et l’artiste influent. C’est-à-dire en mettant les politiques et les artistes sur un pied d’égalité devant leur muse inspiratrice.

Aujourd’hui, nous devons mesurer l’exercice et l’action de la féminité irruptive dans le monde politique d’une Ségolène Royale ou d’une Quitterie Delmas, et les bouleversements affectifs qui en résultèrent lors des dernières élections présidentielles, entre adversaires mâles corsetés dans leurs costumes trois pièces. Aussi, il n’est que de constater le bio-pouvoir d’une Cécilia Sarkozy qui bouscule les continents eux-mêmes et qui libère les otages d’un battement de cils. Et surtout, on voit bien que dans le public mâle les pulsions se laissent enfin exprimer au premier rang. A la vérité, les femmes avancent en un front uni et vastement pour prendre le pouvoir sur les Etats les plus puissants du monde. Et toute personne de bonne foi sait que cette parousie se fera dans une ou deux décennies au plus.

Aujourd’hui, nous assistons à l’émergence de formes d’un néoféminisme qui serait plus appliqué à la jouissance ou à la conjouissance commune, c’est-à-dire aux exigences des corps. L’artiste conceptuelle Orlan a composé son manifeste de l’art charnel qui relève surtout de l’autoportrait ou de la considération de soi-même et de son corps. Elle use donc de son corps comme d’un champ d’expériences charnelles, en des transformations du plus haut intérêt artistique. Enfin, son corps est-il un instrument vif de communication des concepts que son esprit invente ou crée.

D’autres artistes, venues de la sphère érotique ou pornographique, se réclament désormais de l’art charnel d’Orlan. Il en est ainsi de la prêtresse Séléna de Sade qui use de ce que Foucault nommait le bio-pouvoir, mais dans des "exercitations" assez magiciennes. En tous les cas, en des manifestations très suggestives du pouvoir de séduction dont la femme se sait user, depuis toutes les fusées des fils tressés par l’Histoire. Vrai, dans le monde de l’occultisme et des Mystères, il est cette tradition de la femme dite "écarlate" qui possède les flux instinctifs de la magie. Et dont les effets seraient plus clairement visibles dans les études des flux psychanalytiques. On dira plutôt des pulsions sexuelles qui sont aussi puissantes que des champs magnétiques de l’électricité rayonnée par les centrales en surrégime de type Tchernobyl.

Une autre artiste venue du cinéma classé X et bonne étudiante des universités, Ovidie a choisi de revendiquer l’exercice pornographique comme une libération du corps de la femme, et de tous les rôles que l’on attendait d’elle. La démarche d’Ovidie fut d’un biais assez trompeur, car il sut convaincre par surprise, quand elle publia des ouvrages carrément littéraires. Une femme venue du X qui se mettait à penser ! Ce qui ficha par terre la ligne hégémonique ininterrompue des prétentions masculines à dominer tous les secteurs de la société du travail, de la culture et des plaisirs, et donc des moeurs les plus intimement.

Et surtout on vit mieux encore la grande contradiction hypocrite qui consistait à marquer la femme, naturellement et culturellement adonnée à son plaisir, comme un être adamique dépravé et tout conforme au serpent. Alors que les hommes en rêvent, dans le même temps et toute la journée. Un phénomène que l’art a dénoncé dès le XIXe siècle avec le Déjeuner sur l’herbe et l’Olympia de Manet. Mais la société des costards trois pièces a toujours un grand train de siècle en retard. Et, il me suffit de me souvenir de l’exposition des esquisses de Gustav Klimt au Musée Maillol à Paris en 2006, où l’on ne vit que des femmes pour apprécier ces images de l’onanisme féminin revendiqué comme une des formes des beaux-arts.

On le voit bien, ces artistes charnelles ont clairement exprimé que ce ne serait pas un refus de la sexualité ou l’évitement des marques énonciatives de la sexualité qui sauraient développer la personnalité féminisante. Puisqu’elles savent toujours revendiquer leur biologie et leur image biologique assumée comme une nature libératoire et non pas comme une contrainte sociale. Quand le mâle se planque plus souvent dans sa tête, et pour y tourner et détourner ses idéologies qui sont souvent loin des réalités intimes. Et finalement, ces idéologies machistes pressent vers des conflits qu’on nomme par aventure des guerres.

Le lien actuel entre ces artistes érotiques de l’art charnel est probablement le végétarisme. Elles le revendiquent comme une recherche d’une autre forme des échanges et de l’économie entre les vies communes aux hommes et aux animaux. D’une certaine façon, l’activité de ces prêtresses évoque les rites très antiques des cultes vénusiens nés avec la civilisation babylonique. Il suffit de voir une performance de la cultissime Zara Whites qui a choisi de mettre son corps dans des situations équivoques, entre le monde des animaux et celui des hommes. Et tout pour saisir qu’il est question d’étendre les limites de la vie consciente ou humaine. Quand elle se met publiquement en situation d’un animal maltraîté par le business de la boucherie, on ne peut éviter de penser qu’elle est aussi une femme dont le corps est connu et accepté mondialement comme représentatif de la séduction féminine immédiate et directe. Et par le biais du cinéma pornographique qui est largement diffusé dans toute la chrétienté.

Aussi, elle met en scène cette dévoration de la femme Marylin ou lady Diana, et simultanément à la dévoration des grands troupeaux que les masses consomment. C’est sur cet aspect qu’elle joue, et qu’il s’agit donc d’une tendance provocatrice de l’art charnel. Car elle use de son corps et de sa plastique si évocatrice des jouissances qu’elle a versées et qu’elle verse encore, pour agir directement dans l’inconscient des regardeurs. Et comme par l’effet d’un fluide magnétique ou d’un mystérieux et suggestif bio-pouvoir qui se sait assurer l’assentiment et la transformation des masses. On dira comme tous les politiques rêvent d’y parvenir. Toutefois, Zara Whites le fait par l’heureux biais des sentiments et c’est donc une autre histoire de la politique qui sait mieux toucher les coeurs...

C’est ainsi, que ces actions évoquent la "Potnia Therion" des très antiques rites shamaniques de l’orphisme grec. Ces cultes vénusiens, précédemment babyloniques à Ishtar, faisaient état de femmes prestigieuses et douées de la capacité d’apprivoiser les bêtes fauves. Et que Vénus se manifestait à travers elle, en une sorte de furie atmosphérique qui prenait les êtres vivants et qui les poussait à se reproduire dans des orgies aimantées par ses fragrances, que nous ne saurions décrire ici. Et, il n’est pas hasardeux que l’art contemporain, à la suite du performeur Fluxus Joseph Beuys et son concept d’"art étendu", se réclame de ce shamanisme si puissant. Le bio-pouvoir pourrait être le seul à savoir diffuser une transe assez enivrante, qui saurait enfin détacher ou émanciper l’homme de l’addiction aux grands médias certes hypnotiques, mais qui agissent malheureusement sur le seul mode mécanique.

Car à notre époque c’est l’humain et la pulsion de vie qui seraient le Grand Art. Et l’art charnel nous en parle par des biais pulsionnels et très puissants. Et contre ces grandes machines dévoratrices semblables aux grands abattoirs inhumains. Ces grandes boucheries ne viennent-elles pas d’épuiser, en une seule génération, une planète qui est désormais la nôtre comme jetée au creux de nos mains si malhabiles, que nous sommes tous en danger et, pour le coup, charnellement ?

Demian West



http://groundinfo.blogspot.com/

Rédacteur Agoravox


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