Lire un magazine féminin est un acte propulsif. Vous parcourez les articles vous ingérez les conseils et vous vous lancez illico dans le processus enivrant du shopping compulsif.
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Que ne ferait-on pour rester dans le groupe sélect de la soumission aux diktats chic ?
Ah, se dire :” je suis fashion, sûre de moi, entourée d’objets qui m’offrent une vie sans frustration “.
Dans votre cabas s’amoncellent des crèmes revitalisantes, amincissantes et ruinantes, des eaux équilibrantes, des prix littéraires aux histoires insipides, des lessives lissantes.
Si Adam pouvait encore mordre dans sa golden, il verrait que les serpents fauteurs de conneries humaines n’ont pas disparu. Les serpents prolifèrent. Ils ont pignon sur rue et se nomment coachs. Le coach mental vous met sur le droit chemin du bonheur qui passe par son cabinet. Le coach financier vous apprend les placements de bon père de famille ou les investissements à la Madoff, selon votre degré de sadisme. Le coach du couple rebooste votre couple dont l’amour s’est dissout dans les comportements caractériels de votre progéniture.
Et l’équilibre total vous sera donné par votre coach ” bien-être “
Les vieilles recettes s’évanouissent : les pâtisseries sont victimes des suffragettes qui vantent la maigritude tandis que les épiceries aux mille senteurs disparaissent. Ces échoppes de l’émotion du nez et du palais sont remplacées par les opticiens et par les instituts de bien-être, comme si bien-être et lunettes allaient de pair(es).
Mon amie, Agnès, adepte de ces nouvelles formes de nirvana, divorcée à 55 ans, en quête d’un job épanouissant et motivant a suivi la route tracée par son coach, après six mois de stage, elle a ouvert son institut de bien–être.
Dans ce temple dédié à la relaxation, rien ne manque pour donner à l’atmosphère, une gueule d’atmosphère. La lumière chaude des hammams orientaux vous transporte à 5000 km de vos déboires amoureux et de votre psoriasis, les parfums au monoï vous posent sur une pirogue tahitienne pour passer le fleuve du désespoir, la musique lancinante des xylophones venus des lointaines contrées d’Asie martèle cette formule positive ” ce n’est pas grave “.
Agnès a acheté tout ce qu’elle a vu dans le catalogue ” je fais mon institut ” y compris le robot qui dans la salle d’attente agite une feuille de bananier pour vous inciter à la respiration alternée “narine droite, narine gauche”, décisive pour l’harmonie du corps et de l’âme.
C’est au moment où vous sombrez dans la douceur ouatée de la non pensée qu’elle apparaît.
Agnès ? Non, Lisa ! Les dames du bien-être doivent choisir un nom qui rende leur art crédible.
Agnès, pardon, Lisa, après six mois de stage, vous allonge sur une table, que dis-je, sur un autel ! Votre corps y sera magnifié par des palpations appuyées sur les points de votre derme reliés en direct au centre hormonal du bonheur. Les doigts de Lisa ont été au préalable trempés dans les huiles essentielles au sésame ou au noyau d’abricot en vente à la boutique.
Comme dit ma grand-mère “ce qui t’ouvre les portes t’ouvre le porte-monnaie”.
Agnès/Lisa apprécie son job. Elle y a gagné un prénom neuf, des roucoulements d’aise et des soupirs mêlés à cette belle promesse, “je reviendrai “.
Comme dit Confucius, « palpez, palpez, il en restera toujours quelque chose ».
Chronique de Huguette Dreikaus parue dans les DNA, librement adaptée
Je vous souhaite un week-end de bien-être, comme sur la photo!!!