Guatemala souvenirs de voyage…Tout a commencé le jour où j’ai franchi la porte de cette agence de voyages avec quelques idées en tête, et l’envie de réaliser un vieux rêve, partir en Amérique Centrale, au pays des Mayas. Aller au Guatemala et au Honduras à la rencontre de cette civilisation qui depuis toujours m’a fascinée et effrayée en même temps.
 Guatemala souvenirs de voyage… Après une heure passée dans l’agence tous les détails de ce projet mis bout à bout, le voyage prend forme. Quelques jours plus tard, oui, je n’aime pas les choses prévues trop longtemps à l’avance, me voilà dans l’avion, je survole l’Atlantique, escale à Dallas, puis vol vers Guatemala Ciudad. Atterrissage impressionnant, l’aéroport se trouvant en pleine ville, les ailes de l’avion frôlant " presque " les maisons basses alentour. Je découvre une ville où le modernisme et la richesse côtoient l’insalubrité et la pauvreté des bidonvilles. D’un côté des villas cossues entourées de hauts murs, miradors pour monter la garde, mot de passe pour y pénétrer et quelques encablures plus loin la misère la plus noire, les enfants des rues, la drogue, la violence. Difficile de sortir tant le danger est palpable, je me souviens que pour aller dîner quelques compagnons de voyage et moi-même avions une trouille bleue, vite nous rentrions à l’hôtel qui lui affichait un luxe bien standardisé.
Les dix premiers jours j’allais de découverte en découverte dans ce pays du Quetzal .Les kilomètres sur la mythique " Panaméricaine "de l’altiplano puis la traversée de paysages fabuleux, les hauts plateaux, les fameux champs de maïs, les plantations de café, des villes aux beaux vestiges de l’époque espagnole tel qu’Antigua où quelques souvenirs reviennent en mémoire, Bartolomé de Las Casas et la " Controverse de Valladolid "… Mais, ces Indiens, sont-ils vraiment des hommes : ont-ils une âme ? (J’ai eu l’occasion de voir la pièce de Jean-Claude Carrière) De temps à autre une carcasse d’avion de tourisme calcinée dans les champs, images comme sorties d’un film qui rappellent que ce pays vit au rythme des trafiquants de drogue.
Le Lac Attitlan flanqué de ses trois volcans, les villages alentour que l’on ne peut que joindre en bateau, les arrivées et départs épiques car les embarcadères ne sont pas légion dans ces villages du bout du monde où la vie se déroule comme si l’on était au Moyen Age. Chaque village ayant ses couleurs locales, dans certains les hommes portent des jupes, les femmes très belles avec leurs cheveux noirs et tous ces tissus colorés en guise de vêtements.
Les marchés hauts en couleurs,aux odeurs très fortes, les rituels, mélange de croyances et de paganisme sur le parvis et dans les églises, les statues des saints portant perruques et vêtements.
Les maisons à l’architecture simplifiée au maximum, une pièce commune pour toute la famille que partagent également les poules…
 Les pistes cahoteuses à travers la montagne, celle empruntée qui mène au Honduras où une ficelle tient lieu de frontière, piste qui a été immortalisée par le film " Le salaire de la peur " Le désert où seuls les cactus géants font de l’ombre.
Les maisons sur pilotis des indiens Kekchis sur les rives du Rio Dulce qui mène à travers les mangroves et les sources d’eau chaudes jusqu’à  Livingston au bord de la mer des Caraïbes, les baignades dans les cascades après quelques temps de marche et puis aussi celles avec pour seuls compagnons les pélicans.
 Avant de vous parler des sites mayas demain je vous relate une anecdote que j’ai nommée « Bagdad café »… 
Bagdad Café… Je me souviens d’une nuit mémorable qui clôturait une journée bien remplie. Après avoir parcouru des kilomètres dans un désert où seuls les cactus faisaient de l’ombre, harassée, fourbue, enfin une route carrossable et non plus la piste. Une de ces routes d’Amérique centrale, longue, où seule de temps à autre, une station service, un motel et un fast food atténuent la monotonie. Il était près de 18 heures, nous voilà arrivés au motel qui tout de suite me fit penser à celui de "Bagdad café", en tous points identique, un lieu hors du temps. Je n’avais qu’une envie, me rafraîchir dans la piscine. Mais avant tout la distribution des chambres qui est toujours fastidieuse, pourtant nous n’étions que dix personnes. Me voici en possession de la clé, j’ouvre la porte et découvre avec stupeur une chambre qui faisait plutôt penser à un sauna, une chaleur humide accablante. Premier réflexe, mettre la clim. en route, impossible…elle est en panne. Je suis furieuse, excédée parce que trop fatiguée, le ciel est déjà bien sombre, presque noir, plus de possibilité d’aller nager. Je ne suis pas fière de moi, mais tous mes compagnons de voyage avaient une clim. efficace, alors je fis des mains et des pieds et après de nombreuses palabres, me voilà dans une autre chambre. Entre temps une pluie torrentielle suite à un orage ne laissait guère de loisir à faire autre chose que d’aller dîner dans ce fast-food. Là aussi j’avais l’impression d’être figurante dans un film. Les hommes accoudés au bar buvant leur bière, parlant et riant fort, la serveuse blonde et pulpeuse, les motos devant la porte… Je tombais de fatigue, de retour dans la chambre, la clim. faisait un bruit insupportable. Je me tournais et retournais dans ce lit où je m’enfonçais, tellement la literie était molle. J’avais l’impression de sombrer dans le néant. La pluie cognait de plus belle à la porte-fenêtre. J’avais soif, mis la lumière et stupéfaction, une horrible bête noire, avec des pattes velues, se baladait au bord du lit. Si je n’avais pas allumé la lampe avec son ampoule si faible qu’elle n’éclairait pas plus qu’une bougie, cette bête aurait gentiment pris possession de ma tête, et je n’ose imaginer la suite. Impossible de fermer l’œil, impossible d’ouvrir la fenêtre c’était un rez de jardin… Nuit de cauchemar dans un décor inhabituel, nuit au Guatemala, pays de sang, de larmes, de mort. A croire que les Mayas avaient voulu me prouver que la barbarie de leur culture n’était pas un vain mot. Photos Eric Reed (L’action se situe dans la région de Chiquimula voir la carte dans l’épisode précédent)
Je ne vais pas vous f aire un cours sur la civilisation des Mayas, juste vous parler de ce qui a été un événement si fort dans ce périple et qui a fait que mes souvenirs soient aussi fortement ancrés dans ma mémoire. Après avoir visité le site de Copan au Honduras, l’un des sites majeurs de la civilisation maya avec les ruines de son acropole et de ses places monumentales qui témoignent des trois grandes étapes de son développement, avant son abandon au début du Xe siècle.
En passant par Quirigua et son impressionnante série de stèles et de calendriers sculptés constituant une source essentielle pour l’histoire de la civilisation maya. Ce petit site,  situé au milieu d’une bananeraie abrite les plus hautes stèles connues du monde Maya. Elles sont fort bien conservées. Les hiéroglyphes sculptés racontent l´histoire des relations de Quirigua avec la ville voisine Copan. Je me souviens avec quel plaisir ce jour-là nous avons dégusté des ananas venant d’être détachés d’un plant du jardin d’une amie de notre guide. Un vrai régal. De retour à Guatemala Ciudad, ” Guaté ” pour les intimes, la capitale, est le passage obligé de toutes les routes. Que l’on se rende dans le Peten, dans les montagnes du Quiché ou encore au Honduras, Guaté est inévitable. De bonne heure ce matin-là embarquement pour Flores, incursion de 48 heures pour visiter enfin Tikal. Pour une raison que je ne m’explique pas j’ai le ventre noué, une peur indicible, je sais que nous allons prendre une pirogue puis marcher de longues heures dans la jungle afin de rejoindre hors des sentiers battus “Ceibal”, que je vais nommer l’Arlésienne… La veille un avion de la même compagnie s’était crashé ne laissant aucun survivant dans cette jungle que nous allons survoler, images que j’ai vues à la télé dans ma chambre d’hôtel. Dans l’avion, je guette les bruits du moteur, une heure de vol qui m’a paru interminable, notre guide l’a passée dans les toilettes, si je vous assure, aucune affabulation de ma part. Ouf, l’atterrissage se passe sans encombre, un chauffeur nous attend pour nous conduire à travers la jungle sur la piste jusqu’à l’embarcadère…  Les ennuis commencent… Bandana Nous sommes dix personnes qui depuis quelques jours partageons nos émotions, les échanges dans ce genre de voyage se font rapidement, j’ai sympathisé avec un médecin de Mirepoix et sa fille de 17 ans, une biologiste de Gaillac , pourquoi je les cite parce qu’ils vont être importants dans ce qui va suivre. Le soir souvent nous décidions d’aller dîner ensemble, de goûter les vins chiliens, nous nous racontions nos vies, mais ne savions pas que celles-ci allaient être prises en otage pendant un temps qui dans ces cas-là parait une éternité.  Nous voilà donc sur cette piste cahotante en pleine jungle, nous avons un nouveau chauffeur. Au bout d’une vingtaine de kilomètres, sur la droite deux hommes armés, bandana rouge sur le bas du visage, sortent de la forêt immobilisent le véhicule et montent dans celui-ci. L’un se met en faction devant et prend la jeune fille en otage en lui mettant le revolver sur la tempe, moi assise à l’arrière j’ai droit à la mitraillette. Ils nous intiment l’ordre de leur remettre nos montres, puis toujours sous la menace tous les bijoux jusqu’aux alliances, les caméras, notre argent, ils fouillent nos bagages, trient, choisissent, prennent jusqu’à mes lunettes de soleil de vue,je ne peux m’empêcher de protester mais l’on m’intime de me taire avec un mouvement vers moi de la mitraillette… Je serrais très fort la main de mon compagnon, nous avions vraiment peur l’un pour l’autre, peur de mourir, d’être blessés sur cette piste si loin de tout monde civilisé. Les réactions des gens sont surprenantes, vous avez ceux, je pense à un couple assis au milieu du minibus qui ne se rendant pas compte de leur geste on fait glisser de l’argent sous les fauteuils jusqu’à l’arrière, d’ailleurs je ne sais comment ils ont fait pour avoir si peu donné tout s’est concentré sur le médecin, la biologiste et moi car nos vies étaient vraiment menacées. C’est dans ces moments forts que l’on se rend compte de ce que sont réellement les gens, mais aussi de toutes les ressources que nous avons en nous, la peur décuplant notre énergie, notre envie de vivre. Moment de panique, une voiture passe sur la piste lentement, les deux occupants voient bien qu’il se passe quelque chose , mais non elle ne s’arrête pas ! Aujourd’hui je comprends pourquoi, sur cette même piste huit jours auparavant deux touristes italiens avaient été tués. Tout ceci a duré un temps qui paraissait long, très long, mais dans ces moments-là on perd la notion du temps. Mes souvenirs sont imprécis quand au dénouement (mémoire sélective) je me souviens d’une autre voiture qui a passé et là les deux bandits de grand chemin, comme au temps des diligences, sont partis avec un butin impressionnant. En fait ce n’est qu’après coup que l’on se rend compte réellement du danger encouru. Nous voilà donc démunis, sans argent pour continuer le voyage, heureusement que les documents importants je les avait laissés à l’hôtel à « Guate » comme les billets du retour. Nous sommes là, à nous regarder, nous ne parlons pas, nous sommes choqués…
Et dire que ce matin là j’aurais dû naviguer sur le "Rio de la Passion…" (j’ai eu du mal à écrire cette note, les souvenirs des événements relatés ont laissé des traces, ne me parlez plus de bandana…) El Mundo Perdido Nous sommes là, à nous regarder, nous ne parlons pas, nous sommes choqués… Mais vivants ! Nous partons en sens inverse à la recherche d’un commissariat pour faire notre déclaration de vol et prévenir l’ambassade de France de notre attaque de vol à main armée. Quelle ne fut notre surprise de voir les policiers étendus dans des hamacs, manifestement notre intrusion les dérangeait. Avec nonchalance ils dressèrent le procès-verbal, à savoir l’inventaire de nos pertes, procès -verbal que j’ai gardé précieusement, même si cela fut un triste souvenir. Il est évident que Ceibal devint réellement mon Arlésienne. Que faire sans argent, notre guide Jean s’est débrouillé comme un chef, il a trouvé un restaurant à Flores, mais avant de manger le petit rongeur que l’on nous servit, oui du coatis…, heureusement que nous avions séché nos larmes avec quelques whiskys. Ce liquide fort et brûlant s’avéra tout à fait indiqué pour le mal que nous avions. Lentement nous pûmes parler entre nous, exprimer nos sentiments et notre colère aussi. Le groupe se scinda en deux à partir de ce moment-là. Cette journée se termina au bord de la piscine, le cœur n’y étant plus et le lendemain devait être l’apothéose du voyage Tikal. Ce soir- là nous avons savouré plus que d’habitude le vin chilien, la carte bleue crépita très fortement.
Tikal au cœur de la jungle du Peten, qui signifie " terre isolée" en langue maya,dans une végétation luxuriante, site majeur de la civilisation Maya fut habité du VIe siècle avant J.-C.au X ème de lère chrétienne. Son centre cérémoniel comporte des temples et des palais superbement construits, des places publiques auxquelles on accède par des rampes. Nous avons parcouru une dizaine de kilomètres, oui il faut marcher sous une chaleur accablante et un degré d’humidité si fort que nos tee-shirts nous les essorions de temps à autre, et puis marcher aussi pour éviter les grosses fourmis qui piquent, je ne parle même pas des moustiques.
Les bruits étranges venant de la forêt nous accompagnent, des sifflements persistants, des rencontres insolites avec les singes araignées, les singes hurleurs, les dindons ocellés sauvages, d’énormes araignées, des perroquets, des toucans, des papillons énormes, je n’ai pas vu de Quetzal en dehors de ceux des billets de banque.  La visite de ce site remarquable se déroula tristement. Le soir retour par avion à « Guaté » dernière soirée, celle des adieux tristes, le lendemain retour en France, survol du Missisipi, grandiose, arrivée à Paris, puis l’Alsace… Cette fois c’est fini : l’aventure, c’est l’aventure ! Pas si vrai que cela , je sais que l’aventure est au bout du chemin… de mon chemin ! |