Il y a eu le centre d’hébergement de Sangatte, commune proche de Calais, par lequel, entre 1999 et 2002, ont transité plus de 67000 migrants tentant de passer en Angleterre ...
Ceux qui passent, Haydée Sabéran, Carnets Nord, 251 pages, 20€ Il y a eu le centre d’hébergement de Sangatte, commune proche de Calais, par lequel, entre 1999 et 2002, ont transité plus de 67000 migrants tentant de passer en Angleterre. Il y a eu la «jungle» de Calais démantelée en 2009 qui tenait lieu de refuge pour plusieurs centaines d’entre eux. Pourtant, aujourd’hui, ils sont toujours là, Iraniens, Erythréens, Soudanais, Ethiopiens, cachés dans d’autres jungles, tapis dans d’autres granges. C’est cette décennie que raconte Haydée Sabéran, correspondante de Libération à Lille, dans Ceux qui passent. «La situation n’a pas beaucoup changé, constate-t-elle. Les chiffres fluctuent, la fourchette basse, c’est 400-500. Il y a de moins en moins d’Afghans, qui vont plutôt en Suède ou en Norvège d’où ils savent qu’ils ne seront pas expulsés vers Kaboul. Une fois passés en Angleterre, ils ne prennent pas toujours le risque de se déclarer. Même si, dans l’attente d’une réponse, ils peuvent être logés, recevoir un peu d’argent et des coupons de nourriture. Ils peuvent être aussi renvoyés, en conformité avec la Convention de Dublin, dans le pays par lequel ils sont entrés en Europe et où ils ont laissé leurs empreintes. Pour éviter cela, nombre d’entre eux se brûlent le bout des doigts. Or on a un devoir d’accueil. En termes de demandeurs d’asiles par habitants, la Belgique est d’ailleurs très loin devant la France.» Ceux qui passent multiplie les témoignages de migrants, passeurs, camionneurs, policiers ou bénévoles de tous âges, souvent des militants ou associatifs, mais pas seulement, qui aident et même hébergent ces hommes, adolescents et parfois femmes avec enfants livrés à eux-mêmes. Comme à Vietnam City, un squat en dur dissimulé dans une petite ville située à une centaine de kilomètres de Calais. En effet, ces errants partent de plus en plus loin. Ils sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance depuis la Belgique. Soit à partir de ports belges, comme Zeebrugge d’où, en juin 2000, ont embarqué 58 Chinois retrouvés morts étouffés à Douvres. Soit depuis des aires d’autoroutes. Pour être sûrs du camion, ils regardent la cargaison. Si ce sont des pneus, des fleurs ou du chocolat, c’est en général bon. La journaliste a gardé des liens avec certains d’entre eux qui, parfois après plusieurs mois, ont réussi à atteindre leur Eldorado supposé ou sont restés en France. Et qui, souvent, sont nostalgiques de cette époque de transition. «C’était dur, bien sûr, mais nettement moins que tout ce qu’ils avaient dû affronter avant d’y arriver. Quelque chose de très chaleureux s’était mise en place. S’il y avait suffisamment de bénévoles, s’ils se sentaient accueillis, les passeurs, les violents n’étaient plus les rois. Dans les jungles, ils ont passé des moments de vraie fraternité.»
Publié par Michel Paquot |